Ces pays qui ont marqué l’histoire… [1/4]

Si un pays a marqué l’histoire du cyclisme à jamais, c’est bien la Belgique. Le plat pays, fort d’un vivier de coureurs inépuisable a de tous temps su dompter classiques et courses par étapes en tous genre, avec une régularité impressionnante. 

En perte de vitesse sur les grands tours

Bien avant Eddy Merckx et ses 5 succès, la Belgique disposait déjà de rouleurs somptueux, comme en témoignent ses 12 victoires acquises dans la période d’avant guerre, période faste pendant laquelle wallons et flamands rivalisèrent avec les meilleurs français. Trop méconnu, le regretté Phillipe Thys est même devenu le premier coureur à remporter trois fois le Tour de France. Un exploit d’autant plus remarquable que la dernière de ses couronnes fut décrochée deux ans seulement après son retour du front. Improbable quand on sait dans quel état physique et psychologique revenaient les « poilus », héros d’une guerre abominable qui marqua l’Europe entière.

Si les belges dominèrent le Tour de France jusqu’au début des années 80 et l’ultime baroud du grimpeur Lucien Van Impe, il n’en fut pas de même sur le Tour d’Italie. Chasse gardée des italiens, il fallut attendre ce diable de Merckx en 69 pour enfin débloquer le compteur. Un Merckx qui outre ses 4 autres succès fut des émules, car dès le déclin du bruxellois, Michel Pollentier et Johan de Muynck prirent le relais en 77 et 78. Comme sur la Vuelta, que son rival Freddy Maertens domina de la tête et des épaules en 1977. Un Tour d’Espagne historiquement marqué par la Belgique qui imposa sa loi lors des deux premières éditions de la course autrefois printanière.

En définitive, si les tous premiers grands tours (particulièrement français) furent parfaitement abordés par les belges, la suite fut beaucoup moins glorieuse. Lucien Van Impe attend toujours son successeur, voilà bientôt 32 ans que l’état noir-jaune-rouge reste muet.

Bilan de la Belgique sur Grand Tour : 18 Tours de France, 7 Tours d’Italie, 7 Tours dEspagne. Soit un Total de 12% de succès sur lensemble des courses de trois semaines mises en jeu au cours de lhistoire.

Même constat pour les courses par étapes

Puissance majeure sur Paris-Nice avec la bagatelle de 14 succès (20%), la réussite est loin d’être la même sur tous les autres tours d’une semaine. Le Critérium du Dauphiné ne compte en effet que trois vainqueurs belges : encore par Merckx et Pollentier ! Expatrié en Italie, le « gitan » Roger de Vlaeminck assure 6 des 7 succès de son pays sur Tirreno-Adriatico, tous acquis consécutivement (72-77). Pendant cette période, il domina chacun des mastodontes de la botte, de Gimondi à Saronni, en passant par Panizza, Baronchelli et Moser. Quand on pense De Vlaeminck, on pense à coureur dont le potentiel sur les courses par étapes aurait pu (du ?) s’exprimer autrement, car seul un petit Tour de Suisse est à ajouter au palmarès de ce coureur totalement orienté vers les classiques qu’il remporta toutes.

A l’heure actuelle, le dernier vainqueur belge d’une course d’une semaine n’est autre que Frank Vandenbroucke, autre talent gâché par les blessures, la dépression et la drogue. C’était Paris-Nice 1998, déjà très lointain…

Bilan de la Belgique sur Petits Tours : 14 Paris-Nice, 3 Critériums du Dauphiné, 7 Tirreno-Adriatico, 3 Tours de Catalogne, 3 Tours du Pays-Basque, 6 Tours de Romandie et 8 Tours de Suisse. Soit un total de 9% de succès sur lensemble des courses dune semaine mises en jeu au cours de lhistoire.

Domination classique

Monstre sacré des grands rendez-vous d’un jour, la Belgique n’a laissé que des miettes aux autres sur les plus grandes classiques de la saison. Sur le Championnat du Monde, d’abord. La course au maillot irisé a toujours été un objectif majeur pour les plus grands coureurs belges, parfois même une source de tensions (Merckx/Maertens à Barcelone). Le premier doublé de George Ronse (1928-1929) ouvrit la voie, il fut suivit de ceux d’Alberic Shotte (48-50), Rik Van Looy (60-61) et Freddy Maertens (76-81). Les géants Rik Van Steenbergen (49-56-57) et Eddy Merckx (67-71-74) sont allés encore plus loin dans le génie en remportant trois médailles d’or mondiales. On retiendra aussi la triste histoire du jeune Jean Pierre Monséré, mort dans un accident l’année suivant sa victoire de Leicester.

Mais la spécialité de ces flahutes reste les classiques flamandes. Paris-Roubaix est depuis toujours écrasée par les belges, dont la force de frappe est tellement large qu’ils arrivent parfois à placer en première position des « inconnus » comme Dirk Demol au vélodrome de Roubaix. La science des pavés est en eux, ils en sont imprégnés. Plus que les Italiens, plus que les Français, les Belges apprécient, vivent pour les classiques du nord. Roger de Vlaeminck, encore lui, détient le record de victoires sur « l’Enfer du Nord » avec 4 succès. Il est possible qu’il soit prochainement rejoint par Tom Boonen qui en compte 3. Mais attention, car l’ancien tient à rester seul maitre des lieux. En 2003, il travailla avec Van Petegem spécifiquement pour que ce dernier barre la route de Johan Museeuw, ce qu’il réussi.

Mythe national, le Ronde n’échappe pas aux standards : c’est la classique que tout belge rêve un jour de remporter. Résultat, un chiffre écrasant : 67 victoires sur 95 éditions (70%). C’est le chiffre absolu, aucun pays ne peut se vanter d’avoir autant éteint la concurrence étrangère sur un de ses monuments. Tout comme aucun pays n’a autant dominé sur une course étrangère (Paris-Roubaix). Alors certes la spécificité de ces courses pavées favorise des belges ultra-spécialisés, mais l’exploit est tout de même retentissant, le ticket Flandres-Roubaix est un gage de succès belge.

Mais il n’y a pas qu’au nord que la magie belge opère : propulsé par les 7 succès de Merckx, le royaume d’Albert II ne compte pas moins de 20 bouquets sur Milan-San Remo, le rêve de Phillipe Gilbert, dernier descendant de cette lignée de grands chasseurs de courses d’un jour. Chaque année plus proche de son but, le wallon a tout pour rejoindre ses glorieux prédécesseurs au palmarès de la « Classissima », qui fuit depuis longtemps à Tom Boonen et aux autres belges, récemment venus se frotter au gratin mondial de cette course très ouverte dont seul Andrei Tchmil a trouvé le bon chemin lors des 20 dernières années.

Un Gilbert qui a déjà remporté à deux reprises la classique des feuilles mortes : le Tour de Lombardie. Celle qui réussi le moins à ses compatriotes, car placée tard dans la saison, elle ne peut convenir aux différents flandriens et ardennais fatigués par une longue saison. Les inusables Merckx et De Vlaeminck comptent toutefois deux succès chacun. Qui leurs ont permis de devenir les seuls coureurs à avoir mis la main sur les 5 monuments du cyclisme.

Bilan de la Belgique sur Monuments : 54 Paris-Roubaix, 67 Tours des Flandres, 20 Milan-San Remo, 12 Tours de Lombardie, 58 Liège-Bastogne-Liège et 25 Championnats du Monde. Soit un total de 40% de succès sur lensemble des courses dites « monuments » mises en jeu au cours de lhistoire.

Forte d’un gros contingent de routiers-sprinteurs, la Belgique n’éprouve aucune difficulté sur des classiques historiques telles que Paris-Tours (10 victoires de plus que la France) et Gand-Wevelgem (46 succès). Quant aux deux autres ardennaises (Amstel Gold Race, Flèche Wallonne) après avoir été longuement dominées par Merckx et cie, elles ne réussissent plus autant aux jeunes belges, essentiellement cantonnés à des rôles de sprinteurs-flandriens.

Mais ça, c’était avant la montée en puissance de Phillipe Gilbert qui à lui seul représente l’avenir de son pays sur l’intégralité des classiques pour puncheurs. Une aubaine pour un peuple qui attendait ce type de coureur depuis la retraite de Claudy Criquelion, un coureur dont le palmarès pourtant ronflant fait déjà pale figure face à celui du Liégeois, homme du futur.

Bilan de la Belgique sur Classiques non-monuments : 40 Paris-Tours, 37 Flèches Wallonne, 45 Gand-Wevelgem, 11 Amstels Gold Race. Soit un total de 44% de succès sur l’ensemble des courses d’un jour «historiques» mises en jeu au cours de l’histoire.

Louis Rivas

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