L’essor de Tirreno-Adriatico

Le constat ne peut-être qu’amer pour tous les amoureux de la course au soleil : Paris-Nice ne brille plus. Année après année, les grands coureurs délaissent cette course autrefois considérée comme un rendez-vous incontournable de la saison cycliste. De l’autre coté des Alpes un nouveau géant la rejette dans l’ombre.  

La préparation de référence pour Milan San Remo

Crée en 1966 pour enrayer le déficit de victoires des italiens sur la classissima, Tirreno-Adriatico présente tous les atouts pour attirer les coureurs visant un bon résultat sur le mythique monument. D’abord grâce au parcours : Milan-San Remo a pour spécificité sa longueur-naviguant autour des 300km-, il faut donc être en parfaite condition physique pour avoir une chance de remporter la primavera.

Les tracés de la Course des Deux Mers sont non seulement plus longs que ceux de son homologue ensoleillé, mais proposent un parcours plus varié, avec un savant enchainement d’étapes pour sprinteurs (mais jamais tout à fait plates), puncheurs (moyennes et longues cotes, plus ou moins pentues) et enfin depuis quelques années, de véritables courses de haute montagne qui mettent en lumière les meilleurs grimpeurs.

Commençant trois ou quatre jours plus tard que Paris-Nice, elle se place en position idéale pour attirer public, coureurs et médias. Un spectateur déçu par le spectacle offert en France pourra se tourner vers l’épreuve italienne dans la foulée, ou bien prendre la compétition en cours de route après la fin de Paris-Nice, et assister aux meilleures étapes de Tirreno. L’arrivée à San Benedetto Del Tronto n’a lieue que quelques jours avant le départ de Milan-San Remo, suffisant pour que les protagonistes récupèrent de leurs efforts tout en gardant les acquis de cette semaine passée entre les belles régions du Latium, des Abruzzes et des Marches.

Un véritable baromètre 

Autrefois chasse gardée des coureurs de classiques, Tirreno-Adriatico s’ouvre de plus en plus aux bonnes performances des leaders de grands tours. L’an dernier Cadel Evans et Michele Scarponi, vainqueurs plus tard dans la saison des Tours de France et d’Italie, se sont d’abord affrontés avec succès au mois de mars : l’Australien remportant l’épreuve, l’Italien montant sur le podium avec une victoire d’étape. Même constat pour le reste du Top 10, Ivan Basso (4e) retrouva la forme sur les cols du Tour de France plus tard dans la saison, tout comme Cunego (8e). Et son coéquipier Vincenzo Nibali (5e) monta une nouvelle fois sur le podium du Giro.

Quand aux vainqueurs d’étapes, ils rythmèrent tous 2011 par leurs coups de boutoirs successifs : vainqueur du chrono, Fabian Cancellara fut encore l’homme fort de la campagne flamande, tandis que Phillipe Gilbert, brillant vainqueur de la difficile 5e étape, fut intraitable tout au long de la saison et décrocha le vélo d’or. L’effet gagnant se poursuit aussi une classe en dessous : souvent bon mais trop juste, Juan José Haedo trouva enfin la faille sur grand tour à l’occasion du Tour d’Espagne. Car Tirreno-Adriatico est aussi un révélateur de talent. C’est sur cette course que Tyler Farrar remporta sa première grande victoire en 2009, ou que le tout jeune Filippo Pozzato disposa de Danilo Di Luca en 2003 !

A coté, Paris-Nice fait presque pale figure. Tony Martin, Andreas Kloden et Bradley Wiggins sont tous des rouleurs. Nul besoin d’attaquer pour s’imposer là-bas, seul le chrono est roi. Péraud, Brajkovic, Leipheimer et Monfort complètent ainsi un Top 10 de bonne facture mais pauvre en panache.

Proposée chaque année, l’étape de Mende est souvent décevante, et n’est que le reflet d’une course devenue prévisible et morne.

Le suspens toujours de sortie

11 secondes. C’est l’écart moyen entre le vainqueur et le second de Tirreno-Adriatico. Par deux fois, en 2001 et 2010 (Rebellin – Colombo et Garzelli – Scarponi), un binôme est même arrivé à une égalité parfaite au temps. Dans ce cas, ce sont les places cumulées qui ont permises de désigner un vainqueur.

Si parfois l’écart n’est pas plus grand sur Paris-Nice, on regrettera le manque d’initiative des coureurs : Tony Martin n’a pas du tout été bougé lors de l’étape du Col d’Eze en 2011, chacun se contentant de défendre ses positions, comme si une deuxième place était suffisante pour des coureurs préférant ne rien tenter que risquer de tout perdre…

C’est là que l’opposition Tirreno/Paris-Nice et Giro/Tour se rejoint. Plus ouvertes, plus festives et plus attrayantes, les compétitions italiennes prennent le pas sur des courses françaises se reposant sur leurs acquis, ne cherchant jamais l’innovation.

Si le Tour de France qui a pour lui l’histoire et le prestige, ne sera jamais menacé directement par le Giro, Paris-Nice n’a pas du tout la même marge. On attend plus d’ASO qui doit trouver le moyen de rééquilibrer le rapport de force entre les deux courses.

Louis Rivas

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s