Ces pays qui ont marqué l’histoire… [2/4]

Puissance émergeante du cyclisme, l’Espagne semble appelée à dominer les grands tours des prochaines décennies. Tout ne fut pas facile pour ce pays au parcours chaotique, mais l’ascension du champion Miguel Indurain a lancé une véritable vague jaune et rouge sur la petite reine.

La valeur sure des grands tours

Autrefois cantonnés à des roles de grimpeurs explosifs mais peu habiles en contre-la-montre et dotés de sens tactiques souvent limités, les coureurs espagnols durent attendre 1959 pour voir enfin l’un des leurs revêtir le maillot jaune à Paris. Il s’agit bien évidemment de Federico Bahamontes, l’aigle de Tolède, prince de la montagne, qui ne put jamais rééditer son exploit, barré par d’importantes lacunes en descente, dont il faisait une véritable phobie. Il remporta toutefois à six reprises le grand prix de la montagne qui fut crée en 1933 spécifiquement pour ces grimpeurs fabuleux allergiques aux descentes, et qui ne tiraient donc aucun profit de leurs gains en montée.

Plus complet, son successeur Luis Ocaña eut la malchance d’appartenir à la génération d’Eddy Merckx, qui le domina un nombre incalculable de fois, si ce n’est en 1971 et cette fameuse étape d’Orcières-Merlette lors de laquelle le Belge a perdu près de 8 minutes. Mais une chute le lendemain dans la descente du col de Menté força l’Espagnol à l’abandon alors qu’il avait course gagnée à quelques jours de Paris. Fort heureusement pour Ocaña, le champion belge entreprit en 1973 le défi de réaliser un doublé inédit et d’une difficulté rare : doubler Tour d’Espagne et Tour d’Italie au printemps. Laissant ainsi la voie libre au bouillant Ocaña en juillet. Totalement libéré par l’absence du favori, il surclassa l’épreuve avec un total ahurissant de six victoires d’étape et une avance totale de près de 16 minutes sur le jeune Bernard Thévenet.

Sur son Tour national, les performances de l’Espagne vinrent tardivement. Crée en 1933, le cadet des trois grands tours attira dès les premières années les coureurs étrangers, c’est ainsi que le belge Gustav Deloor remporta les deux premières éditions de la course au maillot de oro. Perturbée par la guerre civile et la prise de pouvoir de Franco, elle ne reprit qu’en 1941, avec bien entendu que des ibères au départ. Dès la fin du second conflit mondial, Italiens, Français et Belges revinrent dominer les locaux. Devenant même le terrain de jeu des suisses entre 1992 et 1997. Ce n’est donc que suite à la victoire d’Abraham Olano l’année suivante que l’Espagne se lança dans une vraie dynamique de succès avec notamment le triplé de Roberto Heras. Cependant, la Vuelta a toujours eu du mal à attirer ses plus grands champions, qui lui préfèrent même le Giro, plus prestigieux. Alberto Contador n’y a participé qu’une fois, sans écraser la course. Le grand Miguel Indurain n’y posa jamais les pieds pendant sa période de domination, quelque chose d’impensable pour un italien ou un français.

Coureur d’un genre nouveau, Indurain révolutionna le cyclisme. Rouleur au moteur énorme, le Navarrais écrasait systématiquement toute concurrence dès les premières étapes en reléguant ses plus proches concurrents au delà des trois minutes, comme lors du fameux contre-la-montre du 1992 au Luxembourg, où sa performance surhumaine souleva de nombreuses interrogations. Indurain, c’est aussi le début de « l’ère EPO ». Comment un coureur au physique aussi imposant pouvait rivaliser avec les plus sveltes des grimpeurs en haute altitude ? Jamais contrôlé positif, les doutes restes cependant présents sur la crédibilité du quintuple vainqueur du Tour.

Si jusque là les performances espagnoles étaient souvent l’œuvre de coureurs isolés, le pays franchit un réel cap au milieu des années 2000 : Pereiro, Contador et Sastre assurent une domination des cinq années post-Armstrong, où on retrouva régulièrement un nombre important de coureurs ibériques dans les dix premiers du Tour. Si cette tendance tend à décroitre, elle a permise de fixer l’Espagne comme le pays n°1, celui qui résiste à la mondialisation et ne connait pas le déclin.

Bilan de l’Espagne sur Grands Tours : 12 Tours de France, 3 Tours d’Italie, 30 Tours d’Espagne. Soit un Total de 18% de succès sur l’ensemble des courses de trois semaines mises en jeu au cours de l’histoire.

Maitres Catalans

Quatre petites victoires sur Paris-Nice, deux pour Indurain et deux pour Contador, le bilan espagnol sur la « course au soleil » est assez mince. Plus avancé dans la saison et préparatif au Tour de France, le Dauphiné Libéré attire bien plus les coureurs de la péninsule. Ocana y réalisa de nombreux exploits et remporta l’épreuve en 72 et 73. Deux autres doublés suivirent avec ceux d’Indurain (95-96) et Valverde (08-09). Inigo Landaluze y réalisa même le plus bel exploit de sa carrière en enlevant le classement général en 2005, au nez et à la barbe des favoris.

Contrairement au Tour du Pays Basque qui resta lui ouvert aux étrangers, les espagnols ont parfaitement cadenassés celui de Catalogne. Ces courses locales aujourd’hui menacées par la crise financières sont encrées dans la culture du cyclisme et les voir disparaitre serait une véritable tragédie. Organisé depuis 1911, le Tour de Catalogne est la plus ancienne des courses par étapes.
Malhabiles en Suisse, les espagnols n’ont mis la main que sur deux Tours de Romandie, et comptent seulement trois Tour de Suisse, dont deux acquis par Aitor Gonzales en 2005 et Koldo Gil Perez en 2006.

Bilan de l’Espagne sur Petits Tours : 4 Paris-Nice, 8 Critériums du Dauphiné, 3 Tirreno-Adriatico, 57 Tours de Catalogne, 20 Tours du Pays-Basque, 2 Tours de Romandie et 3 Tours de Suisse. Soit un total de 21% de succès sur l’ensemble des courses d’une semaine mises en jeu au cours de l’histoire.

Faiblesse classique

Très peu préoccupée par les courses d’un jour, l’Espagne a du attendre des années avant de remporter ses premiers succès sur celles-ci. Elle présente de grosses carences aussi bien en sprint qu’en pavés, et n’a de ce fait jamais pu peser sur les flandriennes, où le seul Flecha portait les espoirs de toute une nation. Un Flecha qui risque fort de se retrouver sans successeur.

Le championnat du monde, course ouverte à tous types de coureurs, n’a pourtant trouvé son gagnant espagnol qu’en 1995, lors du mondial colombien disputé en montagne. Année où Abraham Olano devança Marco Pantani et Miguel Indurain, qui regretta à jamais de ne pas avoir défendu ses chances sur cette course qui manquera à son fantastique palmarès de champion. Fort heureusement, un sprinteur du nom d’Oscar Freire fit de cet évènement sa spécialité et s’y imposa trois fois, remontant le maigre total de l’Espagne. On notera aussi la victoire du banni Igor Astarloa en 2003 à Hamilton, une course que Valverde, comme Indurain avant lui, aurait du remporter.

Course taillé pour les grimpeurs/puncheurs, on aurait pu penser que Liège-Bastogne-Liège allait sourire aux ibériques, mais pourtant, seul Valverde y connu la réussite. Même situation pour le Tour de Lombardie, malgré ses nombreuses tentatives, Samuel Sanchez est toujours passé à coté de la classique des feuilles mortes. Surprise, le monument réussissant le mieux aux coureurs espagnols reste donc Milan-San Remo, dont Miguel Poblet et Oscar Freire furent d’éminents spécialistes.

Bilan de l’Espagne sur les Monuments : 0 Paris-Roubaix, 0 Tours des Flandres, 5 Milan-San Remo, 0 Tours de Lombardie, 2 Liège-Bastogne-Liège et 5 Championnats du Monde. Soit un total de 2% de succès sur l’ensemble des courses dites « monuments » mises en jeu au cours de l’histoire.

Sur les classiques intermédiaires, on retrouve les mêmes hommes au rendez-vous : Oscar Freire, Igor Astarloa et Alejandro Valverde. Le premier débloqua le compteur espagnol sur Gand-Wevelgem (classique flandrienne !) et Paris-Tours, une course réservée aux grands sprinteurs. Les deux suivants trouvant la faille sur la redoutable Flèche Wallonne en 2003 et 2006. Mais ils sont bien les seuls à avoir porté leur nation en haut de l’affiche de ces classiques.

Bilan de l’Espagne sur Classiques non-monuments : 1 Paris-Tours, 2 Flèches Wallonne, 1 Gand-Wevelgem, 0 Amstel Gold Race. Soit un total de 1% de succès sur l’ensemble des courses d’un jour « historiques » mises en jeu au cours de l’histoire

Louis Rivas

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