2009, un Tirreno d’un genre nouveau [1/2]

Cette 43e édition de Tirreno Adriatico, forte en rebondissements, marqua un tournant dans l’’histoire de l’’épreuve italienne. Jusque-là pauvre en difficultés, la course des deux mers est entrée dans une nouvelle dimension en cette année 2009. 

Tout débuta de la plus belle des manières pour les ressortissants tricolores, pourtant peu nombreux sur les routes adriatiques, avec la victoire surprise du jeune Julien El Farès. Embarqué dans une échappée qui semblait vaine en compagnie de l’’Ukrainien Vladimir Duca, les deux coureurs livrent une prestation commune d’’une qualité rare pour résister jusqu’’au bout au retour d’’un peloton mené par la puissante équipe LPR. Au terme d’’un sprint rondement mené, El Farès lève les bras pour la première fois de sa carrière, et quelle première !

Premier surpris par son exploit, le Manosquin avoua n’’avoir jamais imaginé remporter une étape d’’une course aussi prestigieuse. Il se paie également le luxe d’’endosser le maillot de leader, qu’’il avait de bonnes chances de conserver le lendemain, au final d’’une étape dévouée aux sprinteurs. Un déclic pour ce coureur étonnant qui gagnera quelque mois plus tard le relevé Tour de Wallonie. Le peloton, réduit par une cassure sera réglé par Daniele Bennati devant Petacchi et Boonen, trois protagonistes ayant à cœoeur de se tester à quelques jours de Milan-San Remo.

C’’est donc tout de bleu vêtu qu’’El Fares s’élance au départ de la 2e étape, longue de 177 kilomètres et arrivant dans la cité côtière de Marina de Carrara, lieu d’’accueil traditionnel de Tirreno-Adriatico et du Tour d’Italie. 

Néanmoins, cette étape n’’était pas dénuée de pièges, et l’ascension du terrible Bedizzano opéra une sélection importante chez les sprinteurs : Cavendish, Boonen et Hushovd disparaissent ainsi à moins de 15 kilomètres de l’’arrivée, laissant place à un homme remarquable, Alessandro Petacchi.

Dur au mal, accrocheur et déterminé, le repenti italien fut le seul pur sprinteur à basculer avec les meilleurs. « J’ai fait une grande course et une bonne montée aujourd’hui. Mes coéquipiers m’ont bien protégé », expliqua t-il à l’arrivée. Menée de bout en bout par les cadors du peloton, la montée fut effectuée à grand train, laissant Petacchi en découdre avec le complet Bennati au terme d’’une journée exigeante sur le plan physique, mais qui ne mis pas à mal le leader El Fares.

Propulsé par sa rampe de lancement Lorenzo Bernucci, « Sprintor » écrasa celui qu’’on considérait alors comme son probable successeur et hurla de joie une fois la ligne d’’arrivée franchie. C’’est sa troisième victoire de la saison pour un coureur que l’’on pensait sur le déclin après sa suspension de 2007 et sa « relégation » dans une équipe continentale comme LPR. Mais après des succès qualifiables de « mineurs » sur le GP de la Côte Etrusque et sur le Tour de Sardaigne, Ale-Jet retrouve avec brio les routes du World Tour. Rappelant aux septiques qu’’il ne fallait jamais sous-estimer le coeœur d’’un champion.

Sur le papier plus simple que la précédente, cette 3e étape ne pouvait déboucher que sur un sprint. Mais que fut la surprise de retrouver un coureur jusque là pratiquement inconnu au bout d’’une explication entre purs spécialistes de la discipline….

Mark Cavendish est passé juste à coté. L’’immense tapis roulant de Santa Croce sull’Amo devait lui permettre d’’enfin débloquer son compteur sur la course des deux mers. Mais un malin s’’opposa au triomphe du champion britannique. Ce malin avait pour nom Tyler Farrar. Débordant un Cavendish trop facile par la gauche, l’’américain, ancien de la Cofidis, surpris son monde en battant « l’’invincible » Cav, qui aura péché par excès de confiance, et devra attendre la dernière étape pour se voir offrir une nouvelle opportunité de succès.

Pour Farrar, c’’est le début d’’une ascension fulgurante qui l’’amènera jusqu’’au cercle des trois meilleurs sprinteurs mondiaux. Académique et élancé, il manque parfois une once de réussite au double vainqueur de la Vattenfall Cyclassic pour rivaliser avec le Manx Express, désormais plus averti du danger que peut représenter Farrar dans le final. Une belle reconnaissance pour ce coureur au parcours atypique qui dut attendre son heure avant de connaitre la gloire et les bouquets.

Grand classique de Tirreno-Adriatico, la cote de Montelupone ne pouvait s’’offrir qu’’à un puncheur, et parmi les nombreux présents, c’’est un habitué qui tira son épingle du jeu.

Héroïque deux jours plus tôt, Alessandro Petacchi l’’est encore plus lors de cette 4e étape. En compagnie de Daniele Pietropolli il mène le peloton lors des nombreuses difficultés présentes en fin de course, et dépose une cinquantaine de coureurs au pied de la 1ère ascension de Montelupone. Le relais est alors pris par le tandem Serpa-Scarponi de la Diquigiovanni qui travaille pour Davide Rebellin, pour qui l’’arrivée ressemble à celle de la Flèche Wallonne (Triple vainqueur) et est très nettement favorable.

Sous leur impulsion, le rythme se durcit et au sommet on ne retrouve plus grand monde : Andy Schleck est décroché, mais El Fares s’accroche. Di Luca ne quitte pas la roue de Rebellin, qui envoie Simoni relayer Serpa, marquant la grosse présence des Diquigiovanni à l’’avant. Les dix kilomètres du circuit précédant l’’arrivée sont très vite avalés, Hincapie ayant apporté un soutient non négligeable aux équipiers du leader italien.

L’ascension finale démarre quand soudain,Thomas Lovkvist surgit et place une première banderille qui fait craquer Basso, mais toujours pas El Fares ! Beaucoup plus vive, l’’attaque de Joaquin Rodriguez laisse tout le monde sur place ! L’’ancien champion d’Espagne porte son effort exactement au même endroit que l’’année précédente, et encore une fois fait mouche. Seuls Lovkvist, Scarponi et ce diable de Rebellin tiennent le choc à quelques dizaines de mètres du grimpeur de poche de la Caisse d’Epargne.

Rapidement, le suédois plafonne et se rassoit, seul Rebellin semble alors en mesure d’’empêcher Rodriguez de récidiver, mais à son tour, le vétéran italien craque et laisse le catalan s’’envoler vers une victoire pleine de panache : Il aura effectué les ¾ de la montée en danseuse sur des pentes avoisinant les 22%. Rebellin revient fort sur le replat et termine à 6 secondes, devant Lovkvist (10s) et Di Luca (15s) qui confirment leurs statuts de candidats à la victoire finale. Mais le grand bonhomme du jour est encore Julien El Fares ! Au beau milieu des stars, le français accroche une 6e place inespérée mais perd le maillot bleu pour 6 secondes par le jeu des bonifications. Qu’’importe, il aura livré une prestation de toute beauté et aura redoré le blason du cyclisme français sur la course des deux mers.

Le classement général après 4 étapes :

  • 1.  Joaquim Rodriguez | Caisse d’Epargne | en 16h 09 mins 10s
  • 2.  Julien El Fares | Cofidis | +6s
  • 3.  Davide Rebellin | Serramenti PVC Diquigiovanni | +10s
  • 4.  Thomas Lovkvist | Team Columbia High Road | +16s
  • 5.  Danilo Di Luca | LPR Brakes-Farnese Vini | +24s
  • 6.  Vincenzo Nibali | Liquigas | +31s
  • 7.  Ryder Hesjedal | Garmin-Sleepstream | m.t
  • 8.  Stefano Garzelli | Acqua e Sapone-Caffè Makembo | m.t
  • 9.  Andreas Kloden | Astana | m.t
  • 10.  Michele Scarponi | Serramenti PVC Diquigiovanni  | m.t

Louis Rivas

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