2009, un Tirreno d’un genre nouveau [2/2]

Au lendemain de la terrible étape de Montelupone, c’est un contre-la-montre au parcours sinueux qui se dresse devant les coureurs de Tirreno-Adriatico. Après la victoire convaincante de Joaquin Rodriguez la veille, c’est un autre vétéran qui s’imposa de fort belle manière.

Alors que l’on pensait voir le suédois Thomas Lovkvist s’emparer tranquillement du maillot bleu de leader, c’est un vétéran allemand qui sortit du bois. Discret mais toujours présent, Andreas Klöden réaffirma sa domination dans l’exercice chronométré en reléguant son plus proche rival, Stijn Devolder, à 20s. Le coureur du Team Columbia reste toutefois largement dans la course à la victoire finale puisqu’il termine l’étape au 3e rang, dans un temps pratiquement identique à celui du leader belge de la Quick-Step.

Pas annoncé parmi les favoris, presque oublié, Klöden s’était pourtant présenté au départ de Tirreno-Adriatico dans une forme satisfaisante. 5e du Tour d’Algarve, l’ancien équipier d’Ullrich et Vinokourov à la T-Mobile avait annoncé la couleur, il venait pour gagner ! Toujours présent sur les courses d’une semaine, l’allemand, vainqueur de Paris-Nice, du Tour de Romandie et du Tour du Pays Basque, avait remporté la course des deux mers en 2007, quelques mois avant le fiasco de l’équipe Astana sur le Tour de France.

Au terme des 30 kilomètres du jour, un autre revenant marqua les esprits : l’Italien Michele Scarponi. Surprenant 4e du chrono de Macerata, il effectue un véritable bond au classement général pour figurer sur le podium provisoire de l’épreuve. Une renaissance pour ce coureur au parcours chaotique qui effectue en cette année 2009 son véritable retour au plus niveau au sein de la Diquigiovanni. Au départ simple équipier de Rebellin, voilà Scarponi désormais propulsé au premier rang.

Juge de paix de ce Tirreno-Adriatico, la 6e étape, marquée par la neige et le froid aura fortement contribué à déterminer le vainqueur du classement général. La bagarre haletante en altitude qui eu lieu lors de cette journée rentra dans les mémoires et s’inscrivit dans la légende le l’épreuve.

Alors que l’équipe Astana d’Andreas Klöden contrôlait mollement une course qui ne semblait pas partie pour s’agiter, c’est ce même Scarponi qui déclencha les hostilités sur les pentes du Sasso Tetto. Dans cette ascension enneigée de 13,2 km à 7,2%, le coéquipier de Gilberto Simoni et Davide Rebellin à la Diquigiovanni a magnifiquement forcé son destin en accélérant brutalement.

Rejoint par ses compatriotes Garzelli, Basso et Nibali, Scarponi ne baisse pas pied et organise une véritable cohésion de groupe entre les différents membres de l’échappée, qui présentent des intérêts communs. Déjà actif dans son travail pour Daniele Bennati en début de semaine, Basso se révèle encore plus précieux en montagne aux cotés de son leader Nibali. C’est sous son impulsion que l’écart s’accrut sensiblement avec les poursuivants. Piégé à l’arrière, sans autre soutient que celui du kazakh Maxim Iglinskiy, le leader de la course est totalement désarçonné, incapable de réagir…

Alors que Matteo Carrara fut repris par le groupe Scarponi, ne laissant qu’Egoi Martinez à l’avant de la course, le peloton Kloden se ressouda légèrement et avec le retour de coureurs attardés, pu lancer la poursuite avec notamment Hincapie et Siutsou de la Columbia. Au même moment, le coureur basque d’Euskaltel manqua de peu de terminer dans un champ en négociant mal une trajectoire dans cette descente très technique dont Nibali tenta de se servir pour distancer ses compagnons d’échappée et se rapprocher du gain du classement général. Un coup dans l’eau pour le Sicilien qui non seulement ne pris pas d’avance, mais subit directement le contrecoup de son attaque, et se retrouve lâché dans la montée d’une côte anodine !

Pas du tout perturbé par « l’échec » de son leader, Basso continue son effort en tête de groupe et avale Egoi Martinez, le vainqueur du Giro 2006 sert ses adversaires Scarponi et Garzelli sur un plateau d’argent, surprenant pour ce coureur au sens tactique pourtant bien aiguisé. Au pied de la montée finale du « mur » de Camerino, Basso emmène toujours dans sa roue Garzelli suivi de Scarponi en 3e position. Débordé par la droite et par la gauche dès les premiers pourcentages difficiles de l’ascension, Basso se rendra vite compte de son erreur digne d’un cadet.

Plus rapide et plus puncheur qu’ « Il Piratino », c’est le local Scarponi qui enlève l’étape au terme d’un sprint parfaitement maitrisé. Une récompense exceptionnelle pour ce coureur, qui fait par ailleurs coup double en enlevant par la même occasion la tunique bleue de leader du classement général des épaules d’Andreas Kloden, le grand battu du jour. L’allemand franchit la ligne avec plus d’une minute et vingt secondes de retard sur l’icône des Marches, Michele Scarponi.

Venu sur Tirreno-Adriatico pour se roder en prévision de Milan-San Remo, Mark Cavendish prouve qu’il faudra compter sur lui lors de la Primavera en enlevant la dernière étape mardi à San Benedetto del Tronto, au terme d’un sprint solide et sans heurt. L’Italien Michele Scarponi remporte le classement final.

Mark Cavendish perdait patience. Après avoir aisément dominé le début de saison avec des démonstrations sur les Tour du Qatar et de Californie, il s’était retrouvé dos au mur sur Tirreno-Adriatico, incapable de lever les bras en début de semaine. Après deux premières étapes vraiment difficiles mais annonciatrices de la difficulté de Milan-San Remo, le Britannique avait déçu en s’inclina face à Tyler Farrar sur la route de Santa Croce sull’Arno. Touché dans son orgueil par cet échec, le roi du sprint ne laissa rien au hasard pour l’ultime journée de course à San Benedetto del Tronto.

Trop content de se retrouver à nouveau face à l’américain, c’est un Cavendish étonnant de facilité qui domina la longue ligne droite d’arrivée, ne laissant aucune chance à ces adversaires relégués à plusieurs longueurs. Encore une fois propulsé par un train de qualité, rien ne semblait pouvoir arrêter la tornade « Cav », et rien ne pu le faire.

Une suite royale pour les champions

Pour Cavendish, cette victoire inaugura sa consécration finale du week-end dans un Milan-San Remo spectaculaire où il déposa Heinrich Haussler de quelques centimètres après avoir passé non sans encombre les nombreux Cappi et le Poggio. Il remportera par la suite quatre étapes du Giro, six du Tour de France, mais manquera une nouvelle fois le maillot vert. Incontestablement, cette saison 2009 est la plus belle de la carrière de l’Express de Man, qui ne perdit pratiquement aucun sprint (+85% de réussite au sprint) et accrocha enfin une grande classique à son jeune palmarès déjà florissant.

Décroché dès la première étape de haute montagne du Giro (Alpe di Siusi), Scarponi ne confirma pas sa performance du mois de Mars par un bon classement général sur son grand tour national. Mais « à la Voeckler », il s’imposa par deux fois sur des étapes tracées pour les baroudeurs, prenant marque pour 2010, qui sera finalement l’année de sa consécration. Une progression très linéaire pour un Scarponi qui, comme le bon vin, semble se bonifier avec le temps.

Classement général final de ce Tirreno 2009 :

  • 1.   Michele Scarponi | Serramenti PVC Diquigiovanni | en 27h 37mins 22s
  • 2.  Stefano Garzelli | Acqua e Sapone | + 25s
  • 3.  Andreas Kloden | Astana | + 1min 07s
  • 4.  Thomas Lovkvist | Team Columbia High Road | + 1min 10s
  • 5.  Ivan Basso|  Liquigas | + 1min 13s
  • 6.  Davide Rebellin | Serramenti PVC Diquigiovanni | + 2mins 06s
  • 7.  Linus Gerdemann | Team Columbia | + 2mins 32s
  • 8.  Ryder Hesjedal | Garmin-Slipstream | + 2mins 33s
  • 9.  Kanstantsin Siutsou | Team Columbia | + 2mins 41s
  • 10.  Vincenzo Nibali  + 2 mins 54s
Louis Rivas

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