Europcar, une communication discutable



Avant même le début du Tour de France, ils étaient là, claironnant à qui voulait bien l’entendre qu’un des leurs allait rentrer dans le Top 10, ou qu’Europcar jouerai le classement par équipes.  Ce genre de déclaration reste extrêmement rare et souvent mal perçue dans un pays comme la France où l’humilité reste le maître mot. Passés pour des fous, les hommes verts ont pourtant réussi leur pari.  Suscitant au passage moult interrogations sur des performances soudaines pas au gout des sceptiques.

Au bord du naufrage fin 2010, la structure vendéenne de Jean René Bernaudeau trouva un remplaçant au renonciateur Bbox in extremis,  avec même un jour de retard sur la deadline initiale : le manager ayant bénéficié d’une rallonge à caractère exceptionnel de la part de l’UCI. S’engageant pour trois saisons, Europcar hérite alors d’un effectif jugé comme faible, l’unique Thomas Voeckler –auteur de sa meilleure saison dans un rôle de baroudeur/puncheur- portant alors à lui tout seul sa formation.

Une communication spéciale et inattendue 

Maillot à pois au rabais au mois de juillet précédent, Anthony Charteau est le premier à « passer à l’action » dans les médias, soulignant le fait qu’il se considérait comme un grimpeur de niveau mondial, capable de rentrer dans les quinze premiers du Tour, et seulement défavorisé par les contre-la-montre. La réputation des coureurs d’Europcar continue de progresser avec la déclaration alors improbable de Pierre Rolland, qui dans un sursaut prémonitoire annonce son futur maillot blanc.

Encore plus surprenante : la prise de position de Jean René Bernaudeau en faveur d’Alexandre Kolobnev, ce coureur russe écarté du Tour en raison d’un contrôle positif à un produit (légèrement) dopant. Egalement soutenu par l’état russe, il sera des mois plus tard blanchi par l’UCI. Cette affaire soulève cependant de nombreuses questions. Autrefois fervent ennemi du dopage, à la manière d’un Marc Madiot, hurlant sur tout les toits que les coureurs français ne pouvaient pas suivre « ces étrangers dopés », l’ancien coéquipier de Bernard Hinault a subitement changé son fusil d’épaule.

Ce Tour de France 2011 a été largement salué comme celui « des propres » : une course qui serait soudain totalement lavée de pratiques disparaissant du peloton professionnel. Relayée à foison par la presse et les coureurs français, cette vague arrive à point nommée pour les coureurs d’Europcar, les explosions soudaines de leurs trentenaires étant ainsi justifiées par le fait que tout le monde courrait enfin sous la même bannière, une bannière propre. Mais l’inverse est aussi envisageable. Si, finalement lassé par des années d’échecs cuisants dans les classiques et les grands tours, le cyclisme français, et plus particulièrement cette équipe Europcar, c’était mise à suivre le chemin du dopage pour faire « comme les autres ». Le doute plane et planera toujours.

Voeckler, le porte drapeau

Il se décrivait il y a encore un an comme un coureur laborieux, capable de réaliser de solides performances sur tous les terrains mais qui n’excellerait jamais nulle part. Il était un baroudeur, au sens strict et pur du terme. C’est dans ce style qu’il remporta dès le mois mars deux étapes pratiquement coup sur coup sur Paris-Nice, une course de niveau World-Tour. Sa démonstration sur le Tour du Trentin où il regarda droit dans les yeux les meilleurs italiens tels que Scarponi révéla réellement les talents de grimpeurs qui sommeillaient en Thomas Voeckler.  Avouant avoir pris conscience progressivement de ses talents cachés au cours de cette année, il réalisa alors qu’il était sans douté passé à coté d’une carrière encore plus grande, en n’exploitant que sur le tard qui semble énorme. Capable de peser aussi bien sur une flandrienne que sur une grande étape de montagne, Voeckler est un véritable caméléon, un passe partout.

Coureur sanguin, il s’est toutefois crée au fil des années de nombreux ennemis au sein du peloton. Récemment, il évoqua dans la presse son accrochage avec un Tom Boonen alors champion du monde sur le Tour 2006. Prétendument vexé par la popularité du français, le belge l’aurait alors bousculé pour l’empêcher d’attaquer, manquant de le faire tomber. Le fait d’évoquer ce fait de course des années après les faits n’est pas anodin. Jouant régulièrement la carte de la victimisation, Voeckler, adoré par le grand public, ne l’est pas toujours par ses pairs, il agace. Sa relation tendue avec son rival Sylvain Chavanel qui l’a battu aux derniers championnats de France ressort souvent dans des déclarations piquantes. Notons également son coup de sang sur l’étape de l’Alpe d’Huez, où l’on a vu hurler sur ses coéquipiers.

Homme à deux visages, Voeckler est donc un personnage contrasté, mais participe à sa façon à la progression du cyclisme français et a l’évolution des mentalités dans le milieu. Trop peu de coureurs de son profil sont sortis ces dernières années, la génération des années 2000 restera celle des « gagne-petit », des potentiels gâchés et des peureux. De part leur arrogance et leurs résultats rafraichissants, les coureurs d’Europcar proposent ainsi une approche totalement différente. L’épopée des verts aura  en partie décomplexée tout un pays qui n’était sans doute pas prêt à un tel changement.

Louis Rivas

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