L’étrange histoire de Christopher Horner

Habituellement, un sportif âgé de 40 ans est au mieux un préretraité laissant entrevoir par à-coups les formidables capacités qui étaient les siennes autrefois. Rares sont ceux parvenant à conserver le corps et le mental d’un jeune requin débutant dans le milieu. Mais Christopher Horner n’est décidément pas un coureur comme les autres.   

Des débuts difficiles

Brillant sur le circuit américain au milieu des années 90, le natif d’Okinawa au Japon a rejoint la nouvelle équipe Française des Jeux en 97. Là-bas, il côtoiera des champions comme Davide Rebellin ou Fréderic Guesdon. Parti à 27 ans de sa sphère natale, Horner n’était plus un enfant, il avait tout pour réussir sur le vieux continent. Malheureusement, la greffe ne pris pas entre le champion américain et l’hexagone, et l’aventure pris un terme après trois saisons noircies par de nombreuses blessures et un début de dépression : isolé, replié sur lui-même, Horner a le mal du pays. On retiendra tout de même sa 3e place sur le Grand Prix de Plouay, seule performance de choix d’un coureur en perte de confiance.

Naviguant alors dans des équipes américaines de deuxième division, Horner domine le circuit d’outre atlantique, laissant envisager un potentiel intéressant. Il se voit alors offrir une deuxième chance en Europe par la Saunier Duval de Mauro Giannetti. Comme six ans plus tôt, il fut pistonné par Allain Gallopin, un manager de talent qui ne doutera jamais de lui et le récupèrera dans son équipe Astana en 2008.  Encore une fois cantonné à un rôle d’équipier, il servira au fil des années de nombreux leaders tels que Leonardo Piepoli, Cadel Evans,  Alberto Contador ainsi que ses amis Leipheimer et Armstrong. Cela ne l’empêche pas d’accrocher quelques victoires personnelles, essentiellement  des étapes en Romandie et en Suisse, accompagnées d’accessits sur les classiques ardennaises. Mais il devra attendre 2010 et la création de l’équipe Radioshack pour enfin laisser parler son talent, à 39 ans passés.

Toujours plus jeune

Le plus exceptionnel concernant ce véritable Benjamin Button des temps modernes, c’est sa capacité à rajeunir année après année. Inconnu du public européen il y a dix ans, l’américain de la Radioshack est aujourd’hui un leader respecté, un incontournable sur les courses d’une semaine, et un prétendant crédible au podium du Tour de France.  Son potentiel physique ne décline pas, au contraire, il s’améliore. Légèrement grassouillet par le passé, Horner arbore aujourd’hui une silhouette de véritable grimpeur. Délesté de ses kilos superflus, il vole en montagne, et particulièrement sur les forts pourcentages qui ne l’effraient plus, comme en atteste ses performances sur les deux derniers Tours du Pays Basque (1er en 2010, 2e en 2011).

Lorsque l’Américain a posé ses valises en Europe, c’était un vieux coureur de 33 ans. A son retour aux Etats-Unis, il est devenu un jeune homme de 40 ans. Comment une telle transformation peut-elle être possible ? Quelle est l’astuce dont a usé Chris Horner pour inverser sa courbe d’évolution, pour tromper les limites de l’âge ? Bien sur, sa science de course supérieure à la moyenne acquise au cours de ses dix-sept années de professionnalisme lui permet de dompter les jeunes premiers encore trop tendres qui lui sont opposés. Horner connait le cyclisme et encore plus important connait son corps, dose à la perfection chaque parcelle d’effort. Jamais on ne le prendra en train de donner un coup de pédale de trop, ou de trainer à l’arrière au mauvais moment. C’est le privilège de l’âge : Horner a la tête.

Mais pour paraphraser notre Thierry Adam national, la tête ne suffit pas, il faut y ajouter des jambes. Ce qui est généralement le problème pour des athlètes âgés et usés par des années de luttes en tout genre. Le secret de la longévité reste une hygiène de vie irréprochable. Comme Armstrong, Horner ne boit pas, ne fume pas, et suit un régime alimentaire stricte et adapté aux besoins d’un cycliste de haut niveau. Tout le contraire d’un Andy Schleck par exemple qui maltraite son corps à coup de sorties bien arrosées en pleine saison. C’est ce genre de comportement irréfléchi qui sépare actuellement le luxembourgeois d’une victoire sur le Tour de France. Leipheimer, Armstrong et Horner sont irréprochables dans leur façon d’aborder un grand évènement, même à  quarante ans. C’est au contact des deux premiers qu’Horner a progressé, aussi bien mentalement que physiquement. Son corps a ainsi rajeuni de quinze ans. Après des années de servitude, il était temps pour lui de décrocher le premier rôle.

Louis Rivas

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