Bagot « J’espère faire un Grand Tour »

Après un Tour de Catalogne éprouvant et avec pour objectif de participer à un Grand Tour cette saison, Yoann Bagot s’est confié à la Chronique du Vélo. Un entretien riches en enseignements qui nous a permis de beaucoup mieux connaître ce coureur jusque là assez discret.

Chronique du Vélo : Salut Yoann, on ne te connaît pas trop, peux-tu te présenter ? Dis nous aussi comment tu te vois en tant que cycliste.

Yoann Bagot : Alors là j’attaque ma deuxième année chez Cofidis. Avant cela j’étais passé par les amateurs au VC La Pomme, un des meilleurs clubs amateurs français, de 2007 à 2010. Depuis le début de ma carrière, j’ai entre autre gagné le challenge national espoir, Paris-Mantes ou Bordeaux-Saintes. Et en tant que coureur cycliste, je me vois plutôt comme un puncheur, plutôt à l’aise sur des parcours difficiles. Je passe aussi pas trop mal la montagne quand je suis en forme. Sinon niveau vie à côté du vélo, j’ai obtenu un DUT de biologie, entre autre, pour une reconversion future peut être.

CDV : Tu viens un peu de nous parler de ton parcours, mais comment as-tu réussi à rentrer dans le monde professionnel ? Grâce à un « carnet d’adresse » ou simplement avec ton talent ?

Y.B : Et bien en 2007 j’ai gagné le challenge national espoir, puis en 2009 j’ai gagné Bordeaux-Saintes, alors labélisé en Coupe de France Look de club. Ensuite j’ai terminé 5e du championnat de France amateur et effectué 31 jours de courses en équipe de France avec laquelle j’ai fait le tour de l’avenir. Malgré tout cela je ne suis passé pro que l’année suivante après avoir gagné sur l’Essor Basque, sur Paris-Mantes et fait 4e du Tour des Pays de Savoie. Donc je peux dire que pour rentrer dans le monde professionnel je ne dois rien à personne mais cela a découlé de mes bons résultats amateurs.

CDV : Parlons, si tu le veux bien, de ta formation : la Cofidis! Quelle ambiance règne dans l’équipe après ce début de saison mitigé ?

Y.B : Et bien le début de saison est certes mitigé mais je pense que cela est du à un manque de réussite et aussi au fait que beaucoup de coureurs ont été malade ou blessé. Mais l’ambiance reste toujours bonne et on attend juste que la roue tourne.

CDV : Penses-tu que vous avez l’équipe pour monter en World Tour ? Qu’en pense le staff ?

Y.B : Je ne sais pas quels sont les plans de l’équipe. Pour l’instant, on se concentre pleinement sur cette saison 2012 dans le but de faire les meilleurs résultats possibles pour pouvoir penser à la montée. Et c’est ça que les directeurs sportifs nous font comprendre !

CDV : Comment se passe une vie de professionnel, quel est le quotidien d’un cycliste pro ?

Y.B : Et bien on organise sa vie autour des compétitions auxquelles on va prendre part. Chaque jour on va à l’entrainement, nous faisons attention à la diététique, à bien récupérer en période intensive. Pour moi une journée type, c’est levé vers 9h, puis déjeuner assez costaud. Après je pars rouler vers les 10h où je rejoins la plupart du temps mes collèges d’entrainement (Rémi Pauriol, François Chabaud, Nicolas Fernadez (triathlon) ainsi que des cyclos). Nous partons pour des sorties allant de deux à cinq heures, selon les jours. Au retour, il y a le repas et ensuite la journée est vite terminée (rires).

CDV : Tu préfères donc rouler le matin ? Pourquoi ce choix, car les compétitions sont souvent l’après midi ?

Y.B : Oui, à part en hiver lorsqu’il fait froid je pars plutôt vers 11h pour rouler, au moment le plus chaud de la journée. Par contre, en été je roule plus le matin car il fait souvent très chaud la journée là où j’habite, en Provence.

CDV : As-tu des directives précises pour tes entrainements de la part d’un coach personnel ou bien fais-tu ce que tu veux ?

Y.B : je m’entraine comme je veux, tout en concertation avec l’entraineur de l’équipe pour savoir si je suis dans le vrai. Comme type d’exercices, je fais par exemple des séances de forces sous max (c’est à dire 5 fois 10 minutes en tournant les jambes à 50-60 tours/min assis ou en danseuse et cela souvent sur des séances de 4h ou j’ai le temps de récupérer entre chaque série et de faire d’autres types d’exercices). Sur des sorties plus courtes je fais principalement des séances de sprint (10 sprints aux pancartes avec les collègues) qui permettent de bien se faire plaisir et de bien travailler avec les copains. (rires)

CDV : Te caractérisant comme un puncheur, tu aime escalader des cols ? Et peux-tu nous dire à quelle vitesse tu roules sur des pentes à 8-10 % ?

Y.B : Oui j’aime bien escalader les cols à l’entrainement, je vais parfois monter le Ventoux. Dernièrement, j’ai l’ai monté en 34 minutes en partant du virage de St Estève jusqu’au Chalet Reynard. Et je monte environ à 17 km/h sur des pentes à 9 %, mais après ça dépend du moment où je grimpe les cols, car en compétition ça vas un peu plus vite. (rires)

CDV : Et roules-tu juste avec un compteur et un cardio ou bien avec un capteur de puissance et tout le reste ?

Y.B : Je roule avec un capteur de puissance car c’est l’outil le plus adapté pour la pratique du vélo. Il permet de travailler avec toujours la même variable, qui est la puissance, ce qui est plus efficace. Si on a seulement la vitesse, on ne travail pas toujours à l’endroit où l’on voudrait travailler car la vitesse varie en fonction du vent, de la pente, etc…

CDV : Maintenant, parle nous un peu de ton début de saison ? Détaille nous un peu ta dernière « grande épreuve » (le Tour de Catalogne, avec ce fameux mercredi dantesque…) ? Et es-tu satisfait de ton début de saison ?

Y.B : Alors pendant l’hiver j’avais comme objectif de bien me préparer pour être en forme dès le début de saison. Et je pense que j’ai réussi puisque je termine 24éme du GP La Marseillaise, puis 13éme du classement général du Tour Med’. Ensuite, j’espérais marcher sur le Tour du Haut-Var puis sur les boucles sud Ardèche, mais je suis tombé malade avant. J’ai passé cinq jours sans faire de vélo car j’avais 39,5 de fièvre (donc une semaine sous antibiotique spéciaux bien sur, pour pas être contrôlé positif…) et j’ai donc déclaré forfait pour le Haut Var. J’ai ensuite repris sur boucles Sud Ardèche où j’ai terminé à une 30eme place, puis je suis allé sur le GP Lillers. Puis j’ai pris part au Tour de Catalogne, sans avoir une bonne forme car j’avais seulement sept jours de courses dans les jambes.

Ensuite sur le Tour de Catalogne je terminais souvent dans le 2e groupe, donc toujours devancé par la tête de course composée d’une trentaine de coureurs. Ceci a montré que ma forme était, finalement, plutôt bonne, car il s’agissait quand même d’une course Pro Tour ! Mais je suis tout de même un peu déçu de ne pas avoir pris d’échappée ou d’avoir fait une bonne place. En ce qui concerne la 3e étape, qui devait comporter 215 kilomètres dont quatre cols à presque 2000 mètres d’altitude et une arrivée au sommet, ça été la catastrophe ! (rires)

Au début de l’étape, il pleuvait et la température devait être de 6 degrés. En début de course, des chutes ont eu lieu rapidement et après avoir passé le premier col où nous avons pris de nombreuses averses de neige. Cela formait un espèce de gadoue sur la route (5 cm de neige fondue) donc c’était difficile pour rouler. Ensuite, sur le second col nous avons subit de la pluie « gelée » qui congèle le corps. A partir de là la pluie n’a pas cessée jusqu’à l’arrivée. Tout le monde, enfin ceux qui n’avaient pas abandonnés, étaient gelé et après 150 kilomètres on nous à avertit que l’arrivée se situait en fait a 5 kilomètres d’où on était. A ce moment là c’était le bazar dans le peloton car aucune équipe n’a eut le temps de s’organiser pour revenir sur l’échappée, mais on se doutait qu’il y aurait clémence dans les classements !

CDV : Ça devrait être très dur à vivre cette étape non ?

Y.B : Et bien je ne me suis pas trop posé la question, je roulais par instinct, je ne pouvais même plus parler et je claquais des dents. Dans la première descente, j’ai réussi à mettre mon K-way et pour me réchauffer je m’arrosais avec le thé chaud que l’on nous donnait ! (rires). Dans ces moments là on se dit qu’on fait vraiment un sport de « tarés ».

CDV : C’était presque surhumain de finir cette étape non ? Beaucoup ont abandonné et jeté l’éponge bien avant l’arrivée comme Andy Schleck. Tu n’’as pas pensé à l’’abandon ?

Y.B : Non cela ne m’a même pas traversé l’esprit une seule seconde ! (rires). J’étais motivé pour finir cette course et j’ai une chance, je ne crains pas énormément le froid donc il m’était impossible de m’arrêter là !

CDV : Désormais, quelle est la suite de ton programme pour l’année ? As-tu prévu de faire un Grand Tour comme l’an passé (Tour d’Espagne…) ?

Y.B : Je dois faire, normalement, le tour du Finistère, Paris-Camembert et le tour des Asturies. Par la suite, j’espère bien faire un Grand Tour car j’ai pris beaucoup de plaisir l’an passé sur le tour d’Espagne ! Et je pense que je suis capable de faire le Tour de France car je récupère bien et j’arrive bien a enchainer les jours de courses.

CDV : Comment se déroule un Grand Tour dans les coulisses ?

Y.B : C’est 100% vélo et on reste constamment concentré sur la course. Le soir on récupère, et le matin, on a le temps de rien faire. On se lève, on fait la valise, on mange, on va au bus pour le débrief et pour se changer, puis on se rend au départ. Dans ce type de courses il faut dormir un maximum, pour pouvoir tenir les 3 semaines !

CDV : Ça doit être dur à gérer non ?

Y.B : Oui et non, car après on prend l’habitude ! L’an dernier j’étais avantagé car je faisais chambre avec David Moncoutié, j’ai donc eu de très bons conseils .

CDV : Veux-tu remercier quelques personnes en particulier, qui t’’ont aidé à être là aujourd’’hui ?

Y.B : Et bien c’est difficile de remercier des personnes, de peur d’oublier du monde. Mais bien entendu je souhaite remercier en premier lieu ma famille, mes amis et mon équipe qui m’ont permis de faire ce que je voulais faire.

Merci pour cette interview Yoann, on te connait désormais beaucoup mieux et on espère te voir rapidement à l’’attaque afin de faire une belle saison chez Cofidis. Et comme l’’équipe sera invitée sur le Tour, on espère t’’y voir pour montrer que les attaquants sont bien les portes drapeaux du cyclisme français.

Propos recueillis par Alexis Rose

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