Les quatre erreurs de Filippo Pozzato

Coureur doué doté d’impressionnantes qualités physiques, Filippo Pozzato peine pourtant à trouver la faille sur les grandes classiques. En cause : un sens tactique douteux qui l’a privé à maintes reprises d’opportunités de victoires. Décryptage.

1)       Son départ de la Quick-Step

En effet, la majeure partie du palmarès de l’Italien s’est constituée au tout début de sa carrière, alors qu’il roulait sous les ordres de Patrick Lefevere, maitre tacticien et formateur reconnu de grands talents. Dans une équipe de ce calibre, Pozzato était non seulement mieux encadré, mais surtout il disposait d’une équipe expérimentée et compacte qui savait corriger le tir du Vénitien quand celui-ci se perdait. Elégant et gracieux, Pippo n’est pas un travailleur acharné, et s’est souvent contenté du minimum niveau charge d’entrainement. Sa dilettante s’est  ainsi encore accentuée quand il a quitté la structure flamande.

Aucunement bridé par la qualité de l’effectif, il remporta sa première grande course d’un jour, la Vattenfal Cyclassic, obtenue suite à un travail impressionnant de son coéquipier Luca Paolini dans le final. L’année suivante, le jeu tactique des Quick-Step lui offrira la victoire dans Milan-San Remo, un Tom Boonen pourtant champion du monde délaissant totalement ses chances de victoire au profit du Vénitien. Plus tard dans la saison, il multipliera les accessits sur des courses de bon niveau tels que Paris-Tours, le Grand Prix de Zurich et Gand-Wevelgem, démontrant ainsi des capacités de puncheur, de flandrien, mais aussi de sprinteur qu’on ne verra presque plus les années suivantes. Se croyant fort et prêt à passer un nouveau cap, Pozzato a donc choisi l’option du retour au pays. Mis à part un Het Volk lors de ses tout premiers mois, il ne ramènera plus aucune classique pour le compte de la Liquigas. Globalement, ses deux saisons dans l’écurie de Roberto Amadio auront été un échec.

2)      Sa brouille avec Andrei Tchmill

Homme dur et strict, le moldave recruta donc Pozzato comme fer de lance de la nouvelle équipe Katusha. Après une première saison très réussie pour l’Italien qui remporta le Grand Prix E3 devant son rival Tom Boonen avant de prendre la 2e place d’un Paris-Roubaix où le belge aura profité de la chute de Flecha et Hushovd ainsi que du ralentissement de Pozzato dans le Carrefour de l’Arbre pour s’envoler vers la victoire, il marquera nettement le pas en 2010 en étant sujet aux blessures et en manquant de sérieux dans sa préparation. Une affaire éclatera même entre  son équipe et la fédération italienne, la Katusha massacrant le maillot de champion d’Italie de Pozzato qui changera de forme et de couleurs à de multiples reprises.

Petit à petit la relation avec Tchmill se tend, et lassé, l’ancien coureur soviétique rangera au placard son leader, préférant jouer la carte russe à fond sur le Tour de France, ou se concentrer sur les résultats d’un Joachim Rodriguez beaucoup plus convainquant qui ramènera une place de n°1 UCI en fin de saison. La tension atteint son paroxysme l’an dernier lors de Milan-San Remo lorsque Tchmill condamne l’attitude de Pozzato directement dans la presse en lançant un tacle assassin « Je l’ai défendu plusieurs fois mais pas sur ce coup-là : ce n’était pas à lui d’aller chercher Gilbert, plutôt aux sprinters ou à Cancellara (…) Courir derrière quelqu’un et rester dans sa roue, cela n’a aucun sens ». Clap de fin, Pozzato ne courra pratiquement plus de la saison, et Tchmill quittera son poste en fin d’année pour se concentrer sur sa candidature à la présidence de l’UCI.

3)      Courir pour faire perdre les belges

Comme l’a souligné Tchmill, ces deux dernières années, la principale activité en course de Pozzato a été de marquer à la culotte Tom Boonen puis Phillipe Gilbert, sans jamais prendre un relais. Précédé désormais d’une réputation de suceur de roue, il aura perdu énormément de sa popularité, et pire, de sa crédibilité. Comme sur Paris-Tours où il sauta sur chaque attaque du belge, juste pour l’empêcher de gagner, jamais pour s’unir avec lui. Cette attitude regrettable ne lui aura pas portée  bonheur, son palmarès ne s’enrichissant d’aucune victoire de prestige durant cette période, mis à part sur le Tour d’Italie, au terme d’un sprint en petit comité dans lequel il prit le dessus sur les français Thomas Voeckler et Jérôme Pineau pour apporter au contingent italien sa première victoire d’étape sur les routes de son Tour national, après onze échecs. Enfin, sur le championnat du monde de Geelong, pourtant favori, il aura encore une fois suivi Gilbert bêtement et gâché des chances de victoires pourtant énormes sur un terrain qui lui convenait parfaitement.

4)      Sa frilosité malgré ses progrès  

Après ces nombreux déboires, c’est incontestablement un Pozzato nouveau que nous avons pu voir sur cette campagne de classiques. Son choix de l’équipe continentale-pro comme tremplin pour se relancer fut une excellente décision. Le manager Serge Parsani, ancien de la Katusha et qui l’a toujours soutenu, a su trouver les mots justes pour relancer son poulain en le convaincant de revenir à son meilleur niveau pour faire taire les sceptiques. Son accélération incisive dans le Paterberg sur le Tour des Flandres en est l’exemple le plus criant. Mais chassez le naturel et il revient au galop : présent dans le final aux cotés d’Alessandro Ballan et Tom Boonen, il a préféré attendre le sprint, surestimant ses capacités face à un Boonen fatigué mais encore suffisamment fringuant pour le distancer. Dans ces conditions, il avait deux autres options : la première était de former une coalition avec son compatriote Ballan en attaquant le belge sans relâche. Si l’ancien de la Lampre a tenté sa chance sans succès, Pozzato n’a pas bougé d’un pouce, laissant Boonen faire tout les efforts pour rattraper Ballan. Insuffisant pour épuiser le futur vainqueur. La deuxième était de tenter sa chance au sprint, mais d’une autre manière, en partant d’assez loin pour piéger un Boonen qui n’avait sans doute plus les jambes pour livrer un effort long. Il a malheureusement choisi la dernière : un sprint court dans la roue du natif de Mol avec la fin malheureuse que l’on connait. Pozzato échouera en 2e position.

Suite à cet échec rageant, on l’attendait au tournant sur Paris-Roubaix le dimanche suivant. Lui-même était sur de ses chances, il visait clairement la victoire. Seulement voilà, quand Boonen, Terpstra, Ballan et Pozzato se sont retrouvés l’espace d’une seconde dans un groupe de contre-attaque à 62km de l’arrivée, il a préféré encore une fois jouer la carte de la prudence, levant le pied et laissant partir Boonen avec un coéquipier. Erreur monumentale et d’autant plus impardonnable que Pozzato connait parfaitement son ancien compagnon de la Quick-Step et savait qu’il n’avait pas l’équipe pour assurer une poursuite derrière.  Boonen ne s’est pas épuisé comme il l’avait prévu, et Pozzato a encore une fois perdu. Le scénario de fin de course fut certes dur pour le Vénitien qui chuta non loin de l’arrivée, mais il était certain qu’il n’aurait de toute façon pas pu rattraper Boonen dans ces conditions. Au moment le plus important, il a lâché la roue qu’il a tant de fois collée, comme un symbole.

Louis Rivas

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