Peter Sagan prend rendez vous

Ce dimanche, Liège-Bastogne-Liège cloture la saison des classiques. Pourtant, l’un des protagonistes de ces principales courses d’un jour et déjà rentré à la maison. En effet, présent du Qatar aux ardennaises, c’est en haut du Cauberg que Peter Sagan met fin à sa première partie de saison axée sur les classiques, où il fut toujours placé mais jamais gagnant. A 22 ans, le Slovaque a pris rendez-vous avec l’avenir.

Un panel de compétences élargi

On ne présente plus Peter Sagan. Le jeune coureur de la Liquigas se révélait en 2010 comme un puncheur doté d’une belle pointe de vitesse. Le coureur complet par définition, capable de s’imposer sur de nombreux terrains. Mieux, il confirme toutes ces qualités en 2011 éclipsant par ailleurs le départ de Roman Kreuziger – considéré grand espoir – et endossant définitivement le statut de leader au sein de son équipe, Liquigas-Cannondale. Une confiance qui sera satisfaite : comme l’année précédente, Sagan remporte diverses étapes sur les épreuves WolrdTour et va même remporter son premier classement général dans cette catégorie en gagnant le Tour de Pologne. Mais indéniablement, Peter Sagan devient surtout toujours plus rapide dans les derniers hectomètres. Jusque là favori des sprints en côte, il sait désormais lever les bras lors d’arrivées massives. Le Slovaque y parvient à trois reprises sur la Vuelta, qui était alors son premier Grand Tour.

Naturellement, il est cité parmi les favoris du mondial à Copenhague. Pas assez escarpé pour éliminer tous les sprinteurs, le circuit comprend tout de même une bosse sur laquelle se juge l’arrivée, et semble ainsi l’avantager. Mais pourtant idéalement placé, Peter Sagan rate son sprint et termine 12e.

Au début du mois de mars dernier, Vélo Magazine posait la question « Sagan peut il remporter SanRemo ? », ne manquant pas d’insister sur l’absence de référence de l’ancien vététiste sur une grande classique, qui ne parvenait jamais a s’exprimer dans les grandes occasions. Peter Sagan est-il alors trop tendre ? Quelles sont ses limites après 250km ? Le sprint de Copenhague avait fourni un élément de réponse. Peter Sagan tenait certainement à nous fournir de nombreux contres exemples.

Car en 2012, le diamant brut de la Liquigas souhaitait passer un cap. Prendre part à son premier Tour de France notamment. Mais bien avant cela, l’objectif était de tester ses limites sur les classiques. En effet, le profil de Sagan prêtait à croire qu’il pouvait remporter la Primavera. Qu’il pouvait briller sur les Flandriennes puisqu’il avait déjà montré une certaine aisance à passer les pavés. Enfin, restait à savoir s’il irait se tester sur les ardennaises.

Et le jeune Slovaque ne décevra nulle part. Présent dans le coup dès ses premières compétitions au Moyen-Orient où il obtient de nombreux accessits au sprint, enlevant même une étape en Oman. Il se présente ensuite sur la course des deux mers, où un malaise éclate au soir de la 4e étape qu’il remporte, puisqu’il relaie l’attaque de son leader Nibali pour l’emporter. Fustigé par un public italien pro Nibali, il se rachète dès le lendemain ou il abat un travail considérable pour son leader dans le final alors qu’il pouvait viser la gagne.

Mais sur Milan SanRemo, c’est le Requin de Messine qui accélère dans le Poggio. La suite on la connait, Nibali est incapable de faire mieux que 3e au sprint, Sagan règle lui les poursuivants qui échouent à une poignée de seconde. Une nouvelle fois, la stratégie de la Liquigas est mise en cause, puisque Sagan aurait certainement franchi la ligne le premier si les rôles avaient été inversés.

Qu’importe, Sagan répond lui fermement à ses détracteurs, il peut l’emporter après 298km. Déterminé à poursuivre sur sa lancé pendant la campagne flandrienne, le coureur de 22 ans se classe 2e sur Gand, réglé au sprint par Tom Boonen. Mais plus étonnant, Sagan éclabousse de son talent le week-end suivant, sur le Tour des Flandres. Déjà en vue sur les courses précédentes, parfois à l’attaque, le protégé de Roberto Amadio fait la course parmi les hommes forts. Seulement, Sagan est distancé dans le Quaremont puis gêné dans le Paterberg et ne peut suivre le triumvirat Boonen/Pozzato/Ballan. Mais il ne baisse pas les bras et sort du groupe de contre pour tenter d’opérer seul la jonction. Une attaque qui ne manque pas d’audace, mais finalement impuissante. Le plus impressionnant derrière le trio qui se disputera la gagne, il finit cependant 5e, réglé par Van Avemaet, payant alors ses efforts lors du sprint.
Le Slovaque décide alors de faire l’impasse sur Roubaix et mettra un terme à sa première partie de saison après l’Amstel. Ce dimanche, il reste placé toute la journée puis se porte dans les premières position lorsque la sélection s’opère. Lors du sprint inévitable pour la victoire dans le Cauberg, il suit Philippe Gilbert parti de très loin pour rentrer sur Freire revu à seulement 100 mètres de la ligne. C’est aussi à ce moment là que Sagan, qui a fourni son effort après le Belge, coince, alors dépassé par Gasparotto et Vanendert qui le relèguent sur la dernière marche du podium.

A 22ans, il n’a pas manqué grand chose à Sagan pour remporter se première grande classique. Tout proche sur Gand comme sur l’Amstel, il était également capable de l’emporter sur SanRemo et le Tour des Flandres, malheureusement piégé. Dans des courses où l’expérience joue un rôle majeur, le leader de la Liquigas en était pourtant l’un des acteurs principaux. Le coureur complet capable de s’imposer sur plusieurs terrains est alors devenu plus qu’un chasseur d’étapes, un véritable chasseur de classiques.

Le rendez vous est prit

Serein et réfléchit, Peter Sagan a su tirer un enseignement de chacune de ses places d’honneur, expliquant qu’il se sait désormais capable de l’emporter un jour sur la Primavera, à Wevelgem, à Audenarde et sur le Cauberg. Peter Sagan a prit rendez vous pour l’avenir.

Le slovaque le sait parfaitement, il lui reste une grosse décénie à son meilleur niveau, et certainement lui reste-t-il encore une vaste marge de progression. Déjà très proche de l’emporter cette année, nul doute qu’il sera dans le futur en position de remporter Milan-SanRemo, où il sera assurément désigné favoris dès l’an prochain. Cette année, Sagan a prouvé qu’il disposait de l’endurance nécessaire pour démarrer sèchement après 298km de course. De plus si SanRemo se joue le plus souvent au sprint, il est incontestablement l’un des meilleurs puncheurs des sprinters. L’enchainement Cipressa/Poggio sera toujours bien plus difficile à avaler pour un Cavendish qu’un Sagan. De même, Peter Sagan peut s’imposer en réglant un groupe d’hommes forts, à la manière de Matthew Goss en 2011. Aucun doute, Milan-SanRemo convient au sprinter Slovaque.

Sagan a également démontré cette année une faculté à encaisser les pavés. Second cette année sur Gand qui se dispute traditionnellement au sprint, le frère cadet de Juraj a toutes ses chances pour un jour dominer le sprint dans Wevelgem. Mieux, sa capacité à passer les courtes bosses fait de lui un homme fort sur les monts pavés du Tour des Flandres. Cette année très proche du coup parti se disputer la gagne, Peter Sagan devrait s’en rapprocher au fil des années, et sa vitesse de pointe fait également de lui un redoutable finisseur. S’il n’a pas manqué grand chose à Pozzato pour passer Boonen dans les tous derniers mètres à Audenarde, le scénario d’un sprint en petit comité à l’avenir ferait de Peter Sagan l’homme à battre.

Pour autant, Sagan ne se fixe aucune limite et ambitionne même de remporter Paris-Roubaix un jour, la dure des dures restant celle qui le fait le plus rêver. A l’avenir, on devra certainement compter sur le coureur vert et bleu pour peser sur la course.

Enfin, les classiques ardennaises semblent également abordables au coureur Slovaque, avec seulement quelques réserves sur la Flèche Wallonne puisque l’on ne connait toujours pas les limites de Sagan sur une arrivée comme le Mur d’Huy. Cependant, il a dores et déjà démontré que le Cauberg était à sa portée. Désormais fort de son expérience acquise dimanche dernier lorsqu’il a coincé dans les tous derniers mètres, on peut donc avancer que Sagan sait désormais où produire son effort et sera un grand adversaire pour Philippe Gilbert, pas au mieux le weekend dernier.

Alors, se pose la question pour Liège Bastogne Liège. Si davantage en 2013 Sagan poursuit sa campagne jusqu’en haut de la côte d’Ans, il sera alors intéressant de suivre sa performance sur un parcours aussi exigeant. Toutefois, l’arrivée peut absolument convenir à l’explosivité de Peter Sagan, capable de régler un groupe comme Valverde par le passé.

En ce début de saison, Peter Sagan a alors élargit son champ d’action aux classiques sur lesquelles il était jusque là jugé trop tendre. Et les raisons sont nombreuses de croire que Peter Sagan a le potentiel pour peut être toutes les gagner. Dès la saison prochaine, il serait logique de voir le début de saison du Slovaque couronné d’un succès de renom. Sur Milan-SanRemo, il a toute ses chances d’accrocher alors son premier monument. 

Dans un registre de sprinter/puncheur redoutable, Peter Sagan n’en reste pas moins dangereux sur course par étapes d’une semaine. Actuellement 3° du classement individuel WorldTour, sa polyvalence innée qui fait de lui à 22 ans l’un des coureurs les plus complet du peloton peut très vite lui permettre de remporter ce classement. Dans un registre similaire à Bettini, ou encore Jalabert, Peter Sagan a donc bien toutes les armes pour dominer son époque.

Adrien Picard

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10 commentaires sur “Peter Sagan prend rendez vous

  1. je me demande si les futures classiques ne se résumeront pas a un duel entre sagan et boassen hagen qui peuvent tout deux gagner toutes les classiques (sauf peut etre la flèche et encore…) avec tony gallopin en arbitre ?!

    • Pour moi, Boasson est surcoté. Il a déjà 24 ans, 5 ans en pro et toujours rien sur les classiques. Il devrait se spécialiser au sprint/chrono et etre un coureur correct sur les pavés (un peu comme Bennati ou Farrar à leur meilleur niveau)

      • Tout a fait d’accord avec toi Danny. BH est un bon coureur un peu partout mais ne sera pas imbattable dans un domaine précis je pense 🙂

  2. @Noromix

    J’ai l’impression que Boasson Hagen est plus un sprinteur qu’un puncheur. Il n’arrive jamais à faire la différence sur les Ardennaises. Peut-être est-ce trop tôt pour lui ?

  3. Il est difficile de situer Boasson Hagen sur ces classiques.
    Une chose est certaine, Gand lui convient à merveille. Et s’il l’a remporté en échappée, sa vitesse au sprint lui permettra certainement d’y lever à nouveau les bras à l’avenir (5° cette année). Pour autant, il semble trop juste pour jouer les tout premiers rôles sur les Flandres et Roubaix. D’ailleurs, il est à la planche pour Flecha sur ces courses et ne semble pas prêt à bousculer la hiérarchie dans l’immédiat.

    Concernant les ardennaises, il est évident que BH est encore trop juste pour y briller. La Flèche est trop difficile pour lui, et on le voit mal répondre présent dans le final de Liège. Reste à voir s’il peut un jour s’accrocher sur le Cauberg, Son profil à la Freire peut lui permettre de collectionner les places d’honneur sur la classiques néerlandaise comme les collectionne le triple champion du monde.

  4. Attention. On l’a comprit, Peter Sagan est fort d’une polyvalence exceptionnelle. Il a certes montré des facultés de grimpeur en Suisse en remportant l’étape reine en juin dernier, mais de là à dire qu’il est en passe de tout gagner, il y a un pas. Le Tour de France qui reste l’évènement majeur de la saison ne semble cependant pas dans ses cordes.
    Toutefois, en travaillant dans cette optique, il a une chance de remporter la Vuelta, tel un certain Laurent Jalabert.

    • Jalabert a gagné cette Vuelta en étant sous les ordres de Manolo Sainz. Il n’a jamais été un grimpeur efficace, au dessus de 1500 mètres il a toujours eu énormément de peine. Sa victoire de 95 est extrêmement douteuse et j’espère que Sagan ne prendra pas le même chemin.

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