Liège-Bastogne-Liège, l’Eden des Schleck

Véritable bol d’air dans une saison mouvementée, la Doyenne est devenue la course phare de la fratrie, l’endroit où l’on sait qu’Andy, tout comme Frank, répondra présent dans le final. Autrefois dotés de calendriers complets et diversifiés, ils ne vivent plus que pour deux objectifs : Liège et le Tour. A quelques jours de cette première grande échéance, les attentes grandissent, tout comme les doutes. Car le cadet des Schleck, auteur d’une tentative d’attaque désespérée dans la Flèche Wallonne, n’a rassuré personne.

Une motivation qui laisse perplexe

Plus gros talent pur du peloton, Andy Schleck devrait profiter de ses aptitudes exceptionnelles pour dominer régulièrement les principales courses montagneuses et vallonnées qui jalonnent son programme de course. Mais la réalité du terrain est toute autre, car en regardant le palmarès du Luxembourgeois, on ne remarque (hors Tour de France) qu’une seule victoire importante : Liège-Bastogne-Liège. Totalement désintéressé par le reste au fur et à mesure que son statut de star s’affirmait, il déçoit de plus en plus les connaisseurs – comprenez les gens qui suivent le cyclisme dans sa globalité. Plus le temps passe, plus ce phénomène a tendance à s’accroitre : 4e du Tour de Lombardie en 2007 l’année de sa révélation, il n’y a plus jamais reposé les pieds ! Par ailleurs, Andy s’est toujours aveuglement sacrifié pour Frank sur l‘Amstel Gold Race,  la seule classique ardennaise remportée par l’ainé, il est compréhensible qu’il souhaite y aider son frère,  mais on attendrait un retour plus significatif de cette aide, car rarement on a vu Frank se mettre explicitement à rouler pour Andy. Plus inquiétant encore : le déclin de ses performances sur la Flèche Wallonne. Brillant 2e en 2009,  ses prestations ne cessent d’y décliner…

On tente souvent de justifier cette tendance en rappelant que Lance Armstrong négligeait lui aussi les classiques pour se concentrer uniquement sur le Tour de France.  Mais il est important de signaler que non seulement l’Américain, dans ses jeunes années, s’était forgé un solide palmarès sur ces courses, mais aussi qu’il remportait régulièrement les épreuves de préparation à la Grande Boucle. Habitué du Tour de Suisse, Andy ne fait même plus l’effort d’y jouer le classement général. Or, Contador tout comme Evans, ont à chaque fois su se tester efficacement sur le Dauphiné avant de remporter le Tour le mois suivant. Il est évidemment possible d’être passé au travers des courses de préparation mais d’avoir gagné le maillot jaune, Carlos Sastre en est la preuve. Mais pour rentrer dans la légende du cyclisme, Schleck se doit de garnir son palmarès de quelques succès sur cette course de prestige qu’est le Tour de Suisse.

Pas assez professionnel

Andy est un bon vivant : jamais le dernier pour finir une bouteille ou passer son temps à trainer dans un bar. Il sera même exclu du Tour d’Espagne 2010 après avoir été pris en flagrant délit de beuverie par Bjarne Riis au soir de la 11e étape. Arrivé totalement hors de forme au départ de la course après avoir répété inlassablement qu’il serait présent pour aider son frère dans la montagne, Andy aura commis une erreur monumentale. Symptomatique d’un coureur qui n’a jamais grandi, qui n’a pas encore compris l’exigence que demandait le métier de coureur cycliste. Rigueur et sérieux ne font pas partie du vocabulaire du Luxembourgeois, pas plus que maturité. Incapable de s’autogérer, ce n’est que l’an dernier qu’il quitta le domicile familial, pour s’installer… 200 mètres plus loin, dans une maison voisine. Ce féru de pêche est totalement déconnecté de la réalité, incapable s’imposer des charges de travail suffisamment importantes pour enfin progresser dans l’art du contre-la-montre, cette lacune qui freine énormément ses ambitions de maillot jaune. Un paletot qu’il doit se donner les moyens d’aller chercher. Trois fois 2e de Grands Tours, on peut aisément employer le terme de perdant pour le qualifier. Battu par Evans en 2011 alors qu’il faisait figure de grandissime favori, Schleck semblait pourtant satisfait, content d’avoir porté Frank sur la 3e marche du podium. Pour lui la finalité était là, encore et toujours se dévouer pour l’autre. Un champion doit faire preuve d’égoïsme dans certaines situations. Héros des enfants, aimé du grand public, Schleck en est incapable, il est trop, beaucoup trop gentil.

Liège pour enfin séduire ?

Pour se refaire une réputation, il doit impérativement montrer quelque chose ce dimanche dans Liège-Bastogne-Liège, et même gagner, si possible. Avec un Gilbert moins fort qu’en 2011 et des favoris tous plus ou moins décevants, l’horizon semble dégagé pour qu’il réédite sa performance de 2009. Dénué de pointe de vitesse, il devra attaquer pour assommer la concurrence, l’attentisme dont il a fait preuve ces dernières années lui a couté très cher. Face à Gilbert l’année dernière, les Schleck  n’ont rien tenté, alors qu’à deux, ils pouvaient le faire tomber. Cette fois, il faudra de bonnes jambes mais aussi une meilleure approche tactique pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, et le fait d’avoir Bruyneel aux commandes aidera surement.  Malgré tout, on a tendance à penser que Frank sera plus à même de l’emporter qu’Andy, il semble en bien meilleure condition, et a finalement bien plus le profil d’un puncheur que son cadet. Habitué à collectionner les places d’honneur, Frank pourrait profiter de son statut pour tirer son épingle du jeu, il est moins imprévisible, mais aussi moins surveillé.

Finalement  on a presque l’impression que l’un serait meilleur sans l’autre. Au lieu de se servir de leurs talents et de leur complicité comme d’un atout, les Schleck sont réellement handicapés par cette situation, car ils se suffisent à eux-mêmes, courir ensemble les rend heureux, et finir sur un même podium aux secondes et troisièmes place leur apporte autant (plus ?) de satisfaction qu’une victoire individuelle. Trop unis, trop fusionnels, Andy et Frank sont comme le Yin et le Yang. Ensembles ils forment un mélange équilibré et compact. Séparés, ils expriment enfin toute leur rage sur le vélo et parviennent à se surpasser.

Louis Rivas

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2 commentaires sur “Liège-Bastogne-Liège, l’Eden des Schleck

  1. c’est pour les points que vous avez signifié que je suis un fervant supporter des schleks. ce sont des champions atypiques.Ces deux frère n’ont certes pas une grande rage de vaincre,ils ne sont pas des machines a gagner, n’ont pas une grande maturité (surtout andy) mais cela les rends plus humain.

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