La chronique bimensuelle de la pédale #3

Bienvenue dans notre rubrique bimensuelle. Ces deux dernières semaines ont été marqué par un moment charnière de la saison, la campagne ardennaise. Tirons le bilan de ces quinze derniers jours pleins d’émotion, d’intensité et de surprises..

On a aimé …

Thomas Voeckler : Le nouveau chouchou du public français, après une belle huitième place sur le Tour des Flandres, s’attaquait cette fois à un autre registre, les courses vallonnés. L’équipe Europcar invitée cette année sur la Flèche Brabançonne, l’Amstel Gold Race et la Doyenne, était absente de la Flèche Wallone, avec un final sans doute trop dur pour lui de toute façon. La Flèche Brabançonne, première course vallonée, mais non répertoriée en WorldTour, était un objectif pour l’équipe. Dans les favoris, on retrouvait Philippe Gibert, le tenant du titre, mais aussi Peter Sagan. L’échappée maitrisée assez rapidement, la course de mouvement commençait dès les 50 derniers kilomètres avec des accélérations de l’équipe BMC. Mais un peu plus tard, l’ex-champion de France posa une attaque dans le groupe de tête. Comme lors du Tour de France, le peloton le laisse partir, mais encore une fois, le Français, auteur d’un très grand numéro, s’impose après plus de trente kilomètres en solitaire. Le dimanche suivant, lors de l’Amstel Gold Race, on s’attendait à le revoir à l’attaque, mais à part une très légère accélération, il resta sagement dans le peloton, où il prit une très bonne cinquième place dans le Cauberg, juste devant Philippe Gilbert. Mais là ou le Français fut le plus impressionnant lors de ces deux semaines fut bien lors de Liège-Bastogne-Liège. Le leader d’Europcar chuta pourtant au pied de la terrible cote de la Redoute à 35km de l’arrivée. Mais malgré tout, il trouva les forces pour revenir sur le groupe de favoris, suivre les meilleurs sur la Roche-aux-Faucons et même placer quelques contres dans le final. Il échouera finalement à une demie roue du podium, battu au sprint par Enrico Gasparotto. Mais Voeckler s’affirme désormais comme un puncher de niveau mondial, on en salive déjà pour la suite.

Joaquin Rodriguez : Purito était le grand favori de ces classiques ardennaises. Avec la méforme de son rival de l’an passé Philippe Gilbert, le Catalan voulait réussir le triplé, un exploit très rare, réalisé par le Belge l’an dernier. Lors de la première course, Rodriguez était le favori, et l’équipe Katusha assuma son rôle. Mais mal placé dans le Cauberg et victime des conditions climatiques extrêmes ce jour là, l’Espagnol finit à une très décevante 24ème place. Trois jours plus tard, lors de la Flèche Wallonne, Rodriguez était encore le favori, et on l’a encore vu, avec un magnifique travail de son équipe à l’approche du Mur d’Huy. Et c’est dans les passages les plus difficiles que Purito a construit son succès, sur les pentes à 19%, à 250m de l’arrivée. Une distance pourtant interminable dans cette côte. Suivi par Vanendert, Albasini et Gilbert, les trois coureurs ont rapidement lâchés prise sur Purito. Après deux secondes places consécutives ici, Joaquin Rodriguez tient enfin sa victoire dans la Flèche Wallonne, sa première classique. Décomplexé, on attendait Purito à l’attaque sur la Doyenne, mais il fut en difficulté, émoussé par sa victoire sur le Mur de Huy et par le froid qui a régné sur les Ardennes cette semaine. Mais la semaine de Joaquin Rodriguez est évidemment réussie.

Astana : Ce n’est pas un coureur en particulier que l’on a entre autre aimé lors de ces deux dernières semaines, mais bien une équipe entière. L’équipe Astana a vécu une semaine de rêve, elle a en effet remporté deux des trois ardennaises, l’Amstel avec Enrico Gasparotto puis Liège-Bastogne-Liège avec Maxim Iglinskiy. Ce sont bien évidement des succès surprises de la part de l’équipe kazakh, qui était à la peine depuis le début de la saison. Mais sur cette campagne ardennaise, les protégés d’Alexandre Vinokourov ont couru à la perfection. L’italien Enrico Gasparotto a fait preuve d’un timing parfait sur le Cauberg pour coiffer sur le fil l’inexpérimenté Peter Sagan. Puis une semaine plus tard, Maxim Iglinskiy crucifiait très froidement Vincenzo Nibali au kilomètre après la formidable envolée du Sicilien sur le finale de la Doyenne. Mais au delà de ces deux succès de prestige, l’équipe Astana nous a proposé tout au long de la semaine une densité de coureurs impressionnante dans les final de course. Que ce avec le kazakh, l’italien ou encore le croate Robert Kiserlovski. Prometteur à l’approche du Giro, au vu aussi des performances de Roman Kreuziger sur le Tour du Trentin.

On n’a pas aimé …

Alejandro Valverde : Très attendu sur ces classiques, où il a souvent brillé par le passé, Valverde a réellement déçu, tout comme son équipe de la Movistar. Lors de l’Amstel Gold Race, Valverde, bien caché toute la course, était attendu sur le Cauberg, avec son punch si redouté. Mais une fois que le peloton rattrapait Freire, dans les passages les plus difficiles, on ne l’a plus du tout vu. Il termine à la 22ème place, en fin de peloton. Vainqueur de la Flèche Wallonne en 2006, il était encore plus attendu sur cette deuxième ardennaise et son dernier kilomètre très difficile. Mais il a une nouvelle fois déçu, finissant encore en queue de peloton. Sur Liège-Bastogne-Liège se fut pire, il lâcha prise dès la cote de la Redoute, certes gêné par une chute. Il finira loin sur une course qu’il affection pourtant énormément. Qu’est-il arrivé au vainqueur de la Vuelta 2009 ? Peut-être était-il en forme trop tôt, lors de Paris-Nice et du Tour Down Under ? Ou peut-être que cette année, ses objectifs sont tournés vers les Grands Tours. Affaire à suivre..

Les frères Schleck : Moins en forme cette année, comme on a pu le voir sur Paris-Nice, Andy et Frank Schleck abordaient ces classiques ardennaises avec ambition. Deuxième et troisième de la Doyenne l’an passé, juste derrière l’intouchable Philippe Gilbert, ils étaient repartis un peu déçus, et voulaient en gagner une cette année. Lors de l’Amstel Gold Race, ils ont été invisible dans le final, avec un Andy rapidement lâché, et un Frank mal placé pour pouvoir titiller les meilleurs. Trois jours plus tard, lors de la Flèche Wallonne, le cadet a tenté de dynamiter la course en attaquant à près de 40 kilomètres de l’arrivée. Mais en emmenant dans sa roue un Katusha et un Astana, cette attaque était destinée à ne pas durer longtemps. Andy ayant à nouveau lâché du groupe des favoris, Frank était le leader pour accrocher une bonne place en haut du Mur d’Huy, mais une crevaison à 7 kilomètres de l’arrivée l’a contraint à laisser filer ses chances de bon résultat. Restait Liège-Bastogne-Liège pour que les frères luxembourgeois sauvent leur campagne. Malgré leur forme précaire, ils disaient y aller avec de l’ambition. Résultat : Tout les deux lâchés à plus de 30km de l’arrivée, ils finiront très loin du kazakh Iglinskiy. Nouvelle déception du coté des Schleck..

Ivan Basso :  Et oui, il n’y avait pas que les classiques ardennaises lors de ces deux dernières semaines. De l’autre coté des Alpes se déroulait le Tour du Trentin, répétition générale pour les favoris au maillot rose avant la messe de Mai. Et force est de constater qu’Ivan Basso inquiète à deux semaines du début du Tour d’Italie à Herning. Le Varésan n’a jamais été lâché par la malchance depuis le début de sa saison. Des abandons à la pelle pour cause de chutes (Paris-Nice, Catalogne) et une condition précaire à une quinzaine de jours de son objectif initial de la saison. Initial car le coureur de la Liquigas en est au point de remettre en cause sa participation au Giro. Il veut s’y rendre seulement pour gagner, pas pour y essuyer une cuisante défaite. Basso s’est donc donné le Tour du Trentin puis le Tour de Romandie, qui se termine dimanche, pour évaluer une dernière fois sa condition et décider de sa participation au Tour d’Italie. Le Tour du Trentin a permis au Varésan de faire un premier point sur sa forme. Et il se trouve qu’Ivan est encore loin du compte, finissant régulièrement à plusieurs minutes des cadors. Mais Basso se veut rassurant, il affirme que sa condition progresse et qu’il sera fin prêt pour le Giro, si tout se passe bien en Romandie. Croisons les doigts..

L’image de la quinzaine

Image impensable l’an dernier mais qui résume parfaitement la première partie de saison de Philippe Gilbert. Le Wallon en souffrance sur la Flèche Wallonne, course qu’il avait remporté l’an dernier au terme d’une incroyable démonstration. D’une manière générale, le belge n’y était pas en ce début de saison. Aucun Top 10 jusqu’à sa sixième place au sommet du Cauberg, aucune victoire à ce jour alors qu’il en comptait 7 à la même époque l’an dernier.. Mais la saison est longue et il reste encore beaucoup de grandes courses ou Philippe Gilbert peut s’imposer. Sur le Tour, les JO ou encore les Championnats du Monde à Valkenburg en fin de saison. Pour effacer ce difficile début d’année.

La course de la quinzaine

Le Tour du Trentin : Loin des bagarres endiablées et de la tension des classiques ardennaises, se déroulait du 17 au 20 Avril le Tour du Trentin. De part sa position dans le calendrier ( à trois semaines du Giro), et de part son parcours ultra montagneux, la course des Dolomites fait office de préparation idéale pour le Tour d’Italie. Des nombreux protagonistes au maillot rose viennent s’y tester, sur des pentes similaires à celles du premier Grand Tour de l’année. Et cette année, la concurrence ne manquait pas. Roman Kreuziger, Michele Scarponi, Damiano Cunego, Ivan Basso, John Gadret.. Tous venaient prendre des nouvelles sur leur condition. Le contre la montre par équipe inaugural permettait de répéter ses gammes pour les différentes équipes avant le contre la montre par équipe de Vérone, qui aura lieu lors de la quatrième étape de la course rose. La BMC en est sortie vainqueur et Tylor Phinney prit les commandes du général. La route s’éleva dès le lendemain avec l’arrivée à St’Orsola Terme, montée roulante. Damiano Cunego régla au sprint un petit groupe de favoris et Mathias Frank s’empara du maillot de leader. La troisième étape constituait un sommet en terme de difficulté pour les coureurs. En effet, ils devaient se coltiner le terrible Punta Veleno, trouvaille des organisateurs avec sa pente moyenne de 13% et ses passages à 20%. Les grimpeurs de poche étaient dans leur élément et l’un d’entre eux, l’italien de la Colnago Domenico Pozzovivo, triompha à l’arrivée. Désormais nouveau leader de l’épreuve, Pozzovivo ne rencontra aucune difficulté le lendemain pour conserver son maillot et remporter ce Tour du Trentin 2012. Cette dernière étape, qui menait les coureurs au sommet du redoutable Passo Pordoi, a vu la victoire du colombien Darwin Atapuma. Il offre là la première victoire de son équipe Colombia Coldeportes en Europe. Des retours fracassants (Pozzovivo), des révélations (Betancur et Atapuma) et quelques indications sur les favoris du Giro, ce Tour du Trentin a une nouvelle fois été riche en indications.

La course à venir

Tour de Romandie : Le Tour de Romandie est une course par étape suisse, souvent disputée en préparation du Giro. Avec un parcours assez valloné, il permet de se mettre dans le rythme. Cette année, il y aura six étapes dont une arrivée en altitude, un prologue très court et un contre-la-montre. Un profil qui peut donc correspondre à tous les types coureurs. Le tenant du titre est Cadel Evans. Il s’était imposé l’an dernier devant l’Allemand Tony Martin et le Kazakh Alexandre Vinokourov. L’Australien sera de nouveau présent cette année, mais il aura comme rival Roman Kreuziger, que l’on a vu en jambe sur le Tour du Trentin, mais aussi Igor Anton, Damiano Cunego, John Gadret, Juan Cobo, Bauke Mollema, ou encore le récent second de la Vuelta, Christopher Froome. Ivan Basso cherchera lui à se rassurer avant le début du Giro.

Pronostic de la rédaction : Victoire de Bauke Mollema devant Bradley Wiggins et Roman Kreuziger dans une course ou la décision se fera en grande partie dans le contre la montre final.

Emile et Amine Ladouani

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