Place au Giro #3 – un Giro 2010 d’anthologie

Fort d’un suspens inégalable, de retournements de situations invraisemblables et d’un spectacle garanti, le Giro 2010 a écrit de nouvelles pages de légende que l’on attendait plus. De par le difficile tracé proposé à un plateau pour le moins relevé, il était naturel de s’attendre à une formidable course de l’autre côté des Alpes. Non contente de tenir toutes ses promesses, la course au maillot rose a surpassé les attentes. Retour sur une épreuve gravée dans les anales du cyclisme.

Un parcours pour hommes forts

Angelo Zomegnan avait annoncé un parcours difficile. Il s’est avéré dantesque, profitant des pourcentages abruptes que l’on retrouve habituellement en Italie. Pour autant, si le grand départ aux Pays-Bas n’offrait pas de grands dénivelés, les coureurs seront amenés à lutter contre le vent. La course sera ouverte par un prologue, et l’épreuve restera deux jours de plus en cette véritable terre de vélo. Clairement, les favoris devraient s’employer à éviter les bordures, alors que les sprinteurs devraient pouvoir se disputer la gagne. S’en suit un transfert en Italie, organisé sur la première journée de repos. Ce retour est marqué par un contre la montre par équipes arrivant à Cuneo. Au soir de la 4° étape, une première hiérarchie serait établie entre les leaders. Après une nouvelle occasion offerte aux gros bras d’en découdre, les 6° et 7° étapes nous permettraient d’évaluer les forces en présence – la seconde empruntant les chemins de terre de l’Eroica – avant la première étape de montagne proposée au coureurs, jugée au sommet du Terminillo. Après plus d’une semaine de course, et même si aucun écart ne devrait s’avérer décisif, ils seront en partie faits.

S’en suivra alors une semaine de transition promise aux sprinteurs, exceptions faites des étapes l’Aquila et Cesenatico, où les baroudeurs sont attendus.
C’est au matin de la 14° étape qu’une toute autre course semble promise aux coureurs. A 48 heures de la dernière journée de repos, les grimpeurs se voient offert un terrain de jeu unique : le Monte Grappa placé en juge de l’étape. Mais le lendemain sera encore plus difficile. C’est le terrifiant Monte Zoncolan qui se dresse devant les courageux. Dans une montée aussi éprouvante (10,1km à 11,9%), seul un pur grimpeur peut faire la différence. Pour les survivants rentrés dans les délais, il sera temps de profiter de l’ultime journée de repos.

Car la suite n’aura rien d’une promenade. C’est la montée du Plan de Corones, sous forme de contre la montre qui est au programme, avant d’enchainer sur une étape de moyenne montagne qui semble trop peu difficile pour assister à une lutte entre favoris, et donc promise aux attaquants. La 18° étape, sans difficulté majeure, sera la dernière occasion pour un sprinteur de l’emporter. Puisque la route s’élève de nouveau pour ces deux étapes de montagne. La première, menant à Aprica, s’offrira sans doute à un grimpeur, qui devra dominer sans encombre le redoutable Mortirolo. Enfin, l’avant dernière étape, qui fait office d’étape reine, offre une dernière chance aux grimpeurs de s’illustrer, notamment dans les ascension di Passo di Gavia puis de la montée finale qui mère au Monte Tonale.
On devrait sans doute connaitre le nom du vainqueur. Si ce n’est pas le cas, l’ultime occasion de renverser la vapeur sera le contre la montre final à Vérone, long de 15.3km. Alors, un coureur complet doté d’une endurance à toute épreuve devrait se voir consacré.
Dans la lutte au maillot rose, les mieux armés pour aller au bout sont sans doute Cadel Evans, Ivan Basso, Michele Scarponi, Domenico Pozzovivo, Damiano Cunego, Carlos Sastre, Alexandre Vinokourov, Bradley Wiggins, Christian Vande Velde et Vincenzo Nibali.

Une première semaine piégeuse

Comme prévu, les premières étapes aux Pays-Bas font les premiers écarts entre ces hommes là. Bradley Wiggins remporte le prologue inaugural, mais c’est bien le vent et les bordures qui piégeront plusieurs coureurs. Sur cette véritable terre de cyclisme, personne ne parvient à conserver le maillot rose acquis la veille. Dès la première étape, Wiggins se voit piégé par des chuttes et perd le paletot si précieux, subtilisé par Cadel Evans. Au sprint, c’est Tyler Farrar qui emporte le gain de l’étape. La troisième étape voit la chute de Christian Vande Velde qui ne peut lui repartir, victime d’une fracture de la clavicule. Son Giro s’arrête ici, avant même d’avoir vu l’Italie. Il ne sera pas l’unique malheureux du jour. Cadel Evans perdra lui sa place de leader comme il s’en était emparé. Il est retardé, avec Cunego et Sastre, à moins d’une minute du groupe de tête. Quelques 120 coureurs arrivent eux avec 8′ de retard. Cette fois, c’est le belge Wouter Weylandt qui règle le peloton pour obtenir la victoire.

Certains coureurs sont déjà contraints à attaquer dès que le profil leur conviendra mieux, comme Sastre voire Cunego. En revanche toute ambition de classement général est déjà anéantie pour Bradley Wiggins, qui pointe déjà bien loin …
Place alors au tant attendu contre la montre par équipe. La Liquigas de Basso et Nibali l’emporte devant les Sky et HTC. Vinokourov perd lui le maillot rose, qui revient à Nibali.
Les deux étapes suivantes sont remportées par Pineau et Lloyd, le premier règle l’échappée qui résiste au peloton pour 50m et le second part s’adjuger l’étape vallonnée en solitaire. Ces étapes ne chamboulent en rien le classement général.

C’est alors que l’étape attendue de Montalcino va offrir un spectacle exceptionnel. Sur les routes de terre et de calcaire empruntées par l’Eroica, la pluie vient bouleverser la course, forçant les coureurs à en découdre dans la boue. Les conditions sont dantesques et ne pas chuter devient un petit miracle. Nibali et Basso s’en sont retrouvés piégés, comme Scarponi et Sastre. Devant, Evans contre les assauts de Cunego et de Vinokourov, puis s’adjuge l’étape au sprint devant ces derniers. Scarponi perd une minute dans l’affaire, Nibali et Basso deux fois plus. Carlos Sastre voit toutes ses chances de podium s’échapper, en déboursant 5′ sur Evans.
Dans des conditions aussi délicates, plusieurs coureurs et notamment le champion du monde n’hésitent pas à qualifier l’étape de plus difficile des temps modernes. A l’arrivée, tous sont tétanisés, et couverts de boue comme des flandriens.

L’Aquila relance tout

Débute alors la seconde semaine de course avec la première étape de montagne. Mais au lendemain d’une étape d’anthologie, les favoris se neutralisent dans l’ascension finale du Terminillo. Chris Anker Sorensen, rescapé de l’échappée, en profite pour s’imposer en solitaire.
La tendance est donc à un retour au calme. Après une première semaine si mouvementée, aucun leader n’a encore fait preuve de supériorité. Pourtant, la 9° étape – disputée sous la pluie – sera très nerveuse. Le peloton se scinde à plusieurs reprises, mais c’est finalement à l’occasion d’un sprint massif que Matthew Goss l’emporte. Carlos Sastre qui a crevé, continue de perdre du temps, 2′ cette fois.
La 10° étape marque le retour du soleil. Destinée aux sprinteurs, ces derniers ne manquent pas d’en découdre. Tyler Farrar remporte ainsi sa seconde victoire sur ce Giro.

Les coureurs prennent alors le départ pour l’Aquila. Longue de 262km, tout porte à croire qu’une échappée fleuve qu’on aura laisser filer ira se disputer la gagne. Si l’arrivée fut choisie pour rendre hommage à la ville touchée en 2009 par un tremblement de terre, c’est également l’effet que l’étape provoquera sur le peloton. Très tôt dans la journée, une cinquantaine d’hommes s’échappent en profitant d’une cassure. On retrouve alors devant de nombreux leaders : Arroyo, Sastre, Wiggins ou Pozzovivo pour ne citer qu’eux. Et ces hommes ont des co-équipiers à leurs côtés. L’impensable se produit alors puisque derrière, la Liquigas notamment refuse d’abord de rouler sur Agnoli et Kiserlovski. Mais lorsque l’écart atteint 18′, la formation italienne, avec la BMC et Astana, met plein gaz pour reprendre quelques minutes. Devant, les Saxo Bank de Porte et Caisse d’Épargne d’Arroyo roulent pour le maillot rose. L’étape se court très vite et plusieurs coureurs se retrouvent éparpillés, sous la pluie qui a une nouvelle fois rendu les conditions dantesques. Dans le final, le peloton devient même moins conséquent que le groupe de tête. Ainsi, le groupe maillot rose rejoint la ligne 12′ après Petrov, le vainqueur. Le classement général se voit alors totalement chamboulé, tout le Top 10 change et plusieurs coureurs tel Porte – nouveau leader – Arroyo, Sastre ou même Wiggins se replacent et peuvent espérer rester parmi les 10 jusqu’à Vérone. La course entière est relancée, bien malin qui sera capable de deviner le vainqueur final. L’étape de l’Aquila entre alors elle aussi dans la légende.

Les coureurs paient alors leurs efforts. Les étapes suivantes voient des échappées fleuves qui ne comprennent aucun coureurs dangereux aller au bout. Pozzato remporte donc la 12° étape, Belletti la 13°, tous deux règlent l’échappée au sprint.

Mais les coureurs n’ont pas le temps de récupérer plus longtemps. Place à l’étape d’Asolo, qui place le Monte Grappa en juge de paix. Dans cette difficulté, c’est Nibali qui met le feu aux poudres. Il travaille pour Basso et fait exploser le groupe. Richie Porte n’était déjà plus présent, mais l’accélération est fatale à Arroyo. Les plus forts se dégagent, Nibali et son leader Basso, Scarponi et Evans. Vinokourov s’accroche puis craque, et finira intercalé. Derrière un groupe se forme, dans lequel on retrouve notamment Cunego et Arroyo. Devant, Nibali mène si vite le train dans la descente qu’il creuse sur le groupe. Il ne sera plus revu. Basso laisse Scarponi et Evans boucher le trou puis les règle aux sprint pour la seconde place et ses bonifications. Vinokourov perd 1’34 », le groupe Arroyo 2’25 ». Mais ce dernier est nouveau maillot rose.

Dernière semaine, duel Basso/Arroyo

Et Arroyo devra batailler fermement pour conserver sa tunique sur les pentes du Zoncolan. Dans le terrible col italien, c’est du chacun pour soi. L’aspiration ne joue presque aucun role et chaque coureur ne bataille plus que face à la pente. A ce jeu là, c’est Ivan Basso qui se montre le plus fort et fait rêver les tifosis. David Arroyo débourse lui près de 4′ sur le Varésan, qu’il voit revenir à 3’33 » au général. Après l’ultime journée de repos, la bataille fera rage dans la course au maillot rose, dans laquelle Ivan Basso a prit l’ascendant.

Et cette bataille continue à distance, sur les pentes du Plan de Corones dans un contre la montre en côte. Stefano Garzeli, vainqueur en 2000, s’impose aisément. Ivan Basso reprend près d’une minute à Arroyo toujours en rose, mais devra garder un œil sur Cadel Evans, qui se replace 4° en prenant la seconde place de l’étape. 3° du contre la montre, John Gadret poursuit son magnifique Giro.
La 17° étape voit l’échappée aller au bout. Monier l’emporte par une attaque décisive dans le final, mais ça n’a aucune incidence sur le classement général.

Se profile alors devant les coureurs le Mortirolo, placé avant l’ascension finale vers Aprica. La Liquigas travaille toute la journée et fait imploser le peloton dans les pentes du Mortirolo par Kiserlovski, puis Szmyd. Une fois le Polonais relevé, c’est Basso en personne qui attaque. Seul Scarponi et son co-équipier Nibali parviennent à le suivre. Au sommet, ils ont une minute sur leurs poursuivants éparpillés, 2′ sur Arroyo. Mais dans la descente, l’Espagnol prend tous les risques, dépose ses adversaires et revient sur Vinokourov. Ensemble, ils pointent un temps à 30″ du trio italien. Mais avant la montée vers Aprica, ces derniers attendent Sastre, Gadret et Evans. Devant, Nibali imprime le rythme et l’avance du trio ne cesse de croitre. De par une entente parfaite alors que leurs poursuivants se désorganisent, les trois hommes reprennent 3′ au groupe maillot rose. Les Liquigas offrent la victoire à Scarponi et Basso se pare de rose à 48 heures de Vérone.
L’avant dernière étape, de montagne, ne changera rien. Tschopp s’impose en solitaire et les favoris se succèdent sans créer d’écarts assez importants pour chambouler le général. Ivan Basso reprend même encore du temps sur Arroyo.

Le contre la montre final, dominé par Larsson, ne fait qu’augmenter l’écart entre l’Italien et l’Espagnol. Ivan Basso remporte son second Giro au terme d’une course folle, truffée de pièges, forte en rebondissements et en suspense, son co-équipier Vincenzo Nibali complète le podium. Ce Giro 2010 devient une référence et écrit des pages de légende que l’on attendait plus au vu du spectacle proposé par les derniers Grands Tours.

Adrien Picard

Suivre @ChroniqueDuVelo

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s