Place au Giro #6 – 2011, un nouveau grand cru


Toujours plus offrant de spectacle, le Giro ne cesse ces dernières années de croitre sportivement. De cette manière, il n’était pas aisé de succéder à l’édition 2010, riche en spectacle et rebondissements. Pourtant l’épreuve a su intéresser en 2011, et ce notamment de par un plateau relevé. Certes toute concurrence fut écrasée par un Alberto Contador (finalement déclassé) assurément une jambe au dessus du lot, mais la course au maillot rose nous a offert une très belle lutte derrière l’Espagnol sur un tracé extrêmement difficile. Retour sur une édition contrastée puisqu’elle fut également marquée par le décès en course de Wouter Weylandt.

Première semaine, bataille pour le maillot rose et accident tragique

Ce Giro devait mettre les organismes à genoux, ce n’était pas une surprise. Dans la continuité de sa philosophie, Angelo Zomegnan a certainement tracé le parcours le plus difficile de la dernière décennie. Pas facile de promettre autant de spectacle que l’année passée. Et pour en offrir toujours plus, l’organisateur de l’épreuve pouvait compter sur la présence du meilleur coureur sur les courses par étapes, Alberto Contador. L’ancien – puisque déchu – triple vainqueur de la Grande Boucle venait défier les Italiens Nibali et Scarponi, annoncés depuis longtemps, sur leurs terres.

De ces trois là, c’est Nibali qui sera le mieux placé au soir de la première étape, un contre la montre par équipe, où la Liquigas a pris la troisième place. Sans surprise, HTC l’emporte et offre le maillot rose à Pinotti. Ce maillot, elle le conservera le lendemain grâce à son sprinteur, Mark Cavendish, seulement battu au sprint par Petacchi. Car cette première semaine peu vallonnée devait se résumer à une affaire de gros bras.

Seulement ce lundi 9 mai, alors qu’il est parmi les coureurs attardés qui se battent pour effectuer la jonction avec le peloton, Wouter Weylandt entame l’étroite descente du Passo del Bocco. L’année dernière, il s’imposait sur la troisième étape. Il le savait, il était en mesure de jouer les premiers rôles en cas d’une arrivée groupée ce jour là s’il se trouvait dans le groupe de tête. Seulement alors qu’il tente de parler à d’autres coureurs, la pédale gauche de son vélo heurte un muret et le propulse à terre. Toutes les tentatives de réanimation échouent, une demi-heure après sa chute, Wouter Weylandt est déclaré décédé en course. Un décès qui rendra la victoire d’Angel Vicioso anecdotique, et qui entrainera la neutralisation de la 4° étape, après laquelle son équipe Leopard se retirera de l’épreuve, ainsi que son meilleur ami Tyler Farrar, profondément touché.

Lors de la 5° étape, la course reprend alors tant bien que mal ses droits sur les routes des Strade Bianche, véritable réussite en 2010 de par sa difficulté. Cette fois courue sous le soleil, l’étape est remporté par Weening qui se pare alors de rose. Un maillot qu’il gardera 4 jours sur ses épaules.
La 6° étape est remportée par Ventoso devant Petacchi au terme d’un sprint de costaud. La 7° marque elle la première arrivée au sommet, à Montevergine. Grande surprise, le Belge Bart de Clerq s’impose en résistant d’un cheveu au retour du peloton réglé par Scarponi. Un peloton composé d’une trentaine de coureurs, encore frais. Aucun favoris n’a porté la moindre attaque.
Le lendemain sur la 8° étape, marquée par une côte redoutable dans les derniers kilomètres, voit Gatto démarrer dans les pourcentages les plus difficiles puis résister pour s’imposer. Même Alberto Contador n’aura pas pu le reprendre. L’Espagnol avait profité de la côte pour accélérer et terminer dans le même temps que le vainqueur. Il reprend alors 17″ avec les bonifications. Plus qu’un coup de force, cette attaque sonne comme un avertissement pour ses adversaires, l’ibère venant se replacer premier favori du général.

Un statut qu’il conforte le lendemain sur les pentes de l’Etna. Contador avait prévenu, il venait en Italie pour gagner et pas pour monter en puissance en vue du Tour. S’il avait les jambes, il attaquerait. Visiblement, il les avait durant cette 9° étape, où seul l’étonnant Rujano a su suivre « l’extra-terrestre ». La concurrence prend déjà un coup sur la tête. Le groupe Nibali perd 50″. Scarponi a lui perdu pied après avoir tout fait pour accrocher la roue de l’Espagnol. Dès la veille de la première journée de repos, le vainqueur du Giro 2008 se pose en homme à battre.

Le trypique Grossglockner – Zoncolan – Val di Fassa

La seconde partie de ce Giro démarre en douceur. Un sprint massif remporté par Cavendish pour la 10° étape. La 11° signe elle l’unique victoire française de l’édition. Lorsque le peloton a les rescapés de l’échappée en point de mire dans la côte finale menant à Castelfidardo, John Gadret saisit pleinement sa chance et surprend tout le monde. Personne ni même Joaquim Rodriguez ne parviendra à le reprendre, l’attaque du Français aux 500 mètres a laissé ses adversaires sur place. Enfin, arrive la 12° étape qui marque un tournant dans ce Giro. La victoire au sprint de Cavendish laisse entrevoir une toute nouvelle course. Et si lui même ne partira pas le lendemain, comme une dizaine d’autres sprinteurs, c’est parce que les coureurs se voient proposer un parcours comme il est rarement paru aussi difficile.

Pour cette 13° étape, l’arrivée est jugée sur les pentes autrichiennes du Grossglockner. Et comme sur l’Etna, le duo Contador/Rujano s’envole vers la victoire. Les deux coureurs collaborent et le maillot rose offre la victoire au Colombien. Mais aucun répit n’est offert aux coureurs. Dès le lendemain, c’est le Monte Zoncolan qui les attend. Cependant il ne sera pas précédé par le Monte Crostis comme initialement prévu. Jugée périlleuse par les coureurs qui l’ont effectué en reconnaissance, au moment où le monde du cyclisme remet en question les risques que l’on fait prendre aux coureurs, l’UCI réagit. Ainsi le parcours est plusieurs fois modifié pour n’emprunter que le Zoncolan, la difficulté reste alors de taille. Parti au pied, le basque Igor Anton l’emporte en solitaire. Derrière les hommes forts de ce Giro souffrent seuls et arrivent un à un. Alberto Contador s’empare de la seconde place après un match face à Vincenzo Nibali. Mais après de tels efforts, les coureurs devront dès le lendemain parcourir sous la pluie l’étape reine de ce Giro. 7H30 de selle pour arriver à Val di Fassa, après 5 cols dont 4 de 1° catégorie. Rescapé de l’échappée matinale, Mikel Nieve s’impose en solitaire, loin devant Garzelli qu’il lâche dans l’ascension finale. Alberto Contador est encore une fois le meilleur des favoris, alors que tous terminent au courage. Les coureurs pourront alors profiter pleinement d’une dernière journée de repos qui sera la bienvenue.

Échappées au long cours et nouveau sacre de Contador

Lors de la 16° étape, Alberto Contador écrase le chrono individuel en côte et conforte son avance au général. Il est intouchable depuis fort longtemps et la bataille entre favoris se résume dès lors au duel Nibali/Scarponi pour la seconde place. Les 17° et 18° étapes, vallonnées, voient des échappées fleuves se disputer la gagne. A ce jeu là, Diego Ulissi remporte la première et Eros Capecchi la seconde. Le lendemain, Paolo Tiralongo s’impose devant un Contador grand seigneur qui offre la victoire à son ancien co-équipier.
La 20° étape, dernier terrain de jeu offert aux grimpeurs pour s’exprimer, voit elle Vasil Kiryinka – parti de loin – s’imposer. Il lâche tous ses compagnons d’échappée dans le Finestre et résiste dans la montée vers Sestrières avec un écart conséquent. Derrière, ils sont tous cuits et personne ne veut assumer le poids de la course. Rujano, Rodriguez et même Gadret en profitent pour reprendre un peu de temps en vue du contre la montre final. Si la victoire est acquise depuis longtemps, le podium semble défini. On voit mal Scarponi fléchir et abandonner sa seconde place au profit de Nibali.

Et le Requin ne fera pas fléchir le leader de la Lampre. Au terme d’un contre la montre dominé par Larsson, Contador qui n’a prit aucun risque savoure sa victoire. Gadret est brillant 4°. Il devance Rodriguez, Kreuziger, Rujano, Menchov qui n’aura fait que suivre, Kruijswijk et Siutsou.
Mais tout ce beau monde se classera finalement un rang plus haut suite au déclassement du champion espagnol. Scarponi remporte son premier grand tour devant Nibali, John Gadret complète le podium d’un Giro qui restera dans les mémoires comme un Grand Tour extrêmement difficile.

Adrien Picard

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