Une mondialisation au bilan contrasté

Bien loin le temps où notre sport se résumait à un duel entre coureurs d’Europe de l’ouest sur des courses  d’Europe de l’ouest. Aujourd’hui, naissent aux quatre coins du monde de nouvelles épreuves exotiques aux parcours parfois peu variés, financées par des mécènes aux ressources financières illimitées. Si l’UCI prenait autrefois à cœur de conserver le caractère traditionnel du cyclisme, il ne peut désormais plus résister à l’appât du gain, et se retrouve dans l’obligation de promouvoir et d’apporter un prestige préfabriqué à des compétitions qui peu à peu prennent une place dévorante dans le calendrier.

Les 4 continents impliqués.

C’est en 2008 que l’UCI  de Pat McQuaid franchit un premier pas en donnant au Tour Down Under, alors anodine course de « pré-saison » le précieux label Pro Tour. Une décision logique tant l’Australie devenait au fil des ans une puissance majeure du cyclisme, une place forte incontournable. L’avènement du cyclisme chez les Aussies grâce à Phil Anderson et son maillot jaune sur le Tour 1981, puis la présence de coureurs tels que Michael Rogers, Cadel Evans ou Robbie McEwen légitimait le travail monumental accomplit par l’Australian Institute Of Sport (AIS) dans la formation et le suivi de ses jeunes depuis la fin des années 90. De la piste à la route en passant par le VTT, les sportifs australiens ont émergé progressivement et ont mérité leur place parmi l’élite.

Dans le Golfe Persique, le constat est tout autre. C’est l’argent qui domine le sport. Symbole de cet eldorado financier : le Qatar. Les émirs, rois du pétrole, disposent de moyens illimités et peuvent se permettre tous les caprices, comme racheter Manchester City ou le Paris Saint-Germain ou bien débourser des fortunes en primes et en bonus pour s’assurer la participation des plus grandes stars cyclistes sur leur Tour du Qatar chéri. A la recherche du soleil et de l’argent, ces étoiles y viennent préparer leur saison loin du froid de la vieille Europe. Avant, elles étrennaient leurs talents sur des courses espagnoles comme le Tour de Communauté Valencienne, aujourd’hui disparu, avalé par la crise financière. Cette même crise qui menace aujourd’hui les historiques Tours de Catalogne et du Pays Basque.  Pourtant, les courses artificielles créées au Qatar, en Turquie et en Oman n’ont générées aucune émulation : pas un seul coureur de la région n’a émergé ne serait-ce qu’au niveau continental.

En Extrême-Orient, la Chine n’a eu qu’a claquer des doigts pour s’offrir une World Tour. Course inintéressante au possible, le Tour de Pékin n’a convaincu personne pour sa première édition. Certaines équipes ont bien tenté de boycotter cette course de fin de saison, mais elles se sont exposées à la fureur de l’UCI. Pour obtenir le précieux sésame pendant l’hiver, vous avez tout intérêt à ne pas négliger Pékin. Comble du ridicule, les hautes instances ont récemment décidé de replacer le Tour de Lombardie juste après les championnats du monde, enlevant à la classique des feuilles mortes son statut de course de clôture. Une injure extrême à la tradition cycliste, presque un blasphème.

L’Amérique elle peut se targuer d’avoir une longue histoire derrière elle, entre la domination des étatsuniens Lemond et Armstrong, ou les belles carrières des petits grimpeurs colombiens Parra et Herrera. Mais malgré l’importance croissante du Tour de Californie, qui fort d’un parcours varié et d’une place privilégié dans le calendrier a obtenu son statut World Tour cette année, c’est un peu plus au nord, au Canada que furent lancées les toutes premières classiques labélisées du nouveau monde. Après avoir accueillie les mondiaux à Hamilton en 2003, et vue son coureur porte-drapeau Ryder Hesjedal devenir l’un des meilleurs coureurs par étapes, c’est une nouvelle progression dans le processus d’insertion du cyclisme dans la tradition sportive du pays . La formation continentale-pro Spider-Tech de l’ancien champion Steve Bauer se frotte avec réussite aux équipes européennes, et pourrait suivre le chemin des voisins de la Garmin, également montés année après année de niveau jusqu’à s’imposer comme une référence mondiale.

Le continent Africain reste malheureusement en retard comme dans bien d’autres domaines, ne possédant aucune course d’importance et n’attirant sur sa folklorique « Tropicale Amissa Bongo » que quelques équipes françaises à la recherche de publicité pour leurs sponsors désireux de conquérir un marché florissant pour les multinationales tricolores, qui contrôlent les ressources de toute la côte ouest, s’assurant le monopole des richesses. Une domination bleu-blanc-rouge qui s’exprime aussi sur les terrains non-goudronnés de la tropicale, où Anthony Charteau (triple vainqueur) et Yohann Gene reviennent chaque année avec toujours plus de succès. Seul motif d’espoir : l’Erythréen Daniel Tecklehaimanot, qui devrait avec son équipe GreenEdge devenir le premier coureur issu d’Afrique noire à participer au Tour de France. Mais n’oublions pas que l’essentiel de la formation du grimpeur a été effectuée en Suisse, les infrastructures de son pays natal laissant à désirer…

Qu’en déduire ?

Cette mondialisation présente de nombreux points noirs et d’obscures zones d’ombres, mais quelques points positifs en ressortent. Différentes cultures peuvent désormais se côtoyer au quotidien, bouleversant le monde jusque là très fermé et conservateur du cyclisme. L’apparition de coureurs  issus d’horizons différents a permit d’élever le niveau global au cours des deux décennies précédentes. Malgré tout, l’éclosion de coureurs asiatiques au plus haut niveau tarde à se faire malgré les grands moyens mis en œuvre, tout comme dans d’autres disciplines qu’ils aimeraient conquérir plus rapidement. La raison semble simple, ces sports européens ne sont pas du tout encrés dans leur culture populaire, et leurs développements ne sont que le fruit de lubies de milliardaires qui s’amusent et consomment, ne savant que faire de leur argent. Difficile dans ces conditions d’obtenir des résultats à moyen terme, il leur faudra plus de temps.

Louis Rivas

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